Est-ce que ça tourne ?

Le MUDAM Luxembourg et Le Musée des Arts et Métiers – CNAM Paris, collaborent pour offrir une exposition jusqu’au 17 Janvier 2016.

L’exposition Eppur si Muove, présentée au MUDAM a été organisée en collaboration avec le Musée des Arts et Métiers – CNAM. Le titre, qui signifie « Et pourtant elle tourne », illustre l’ambition des deux institutions de vouloir mettre en exergue les liens existants entre les arts et la technique.

L’exposition tente de sensibiliser le public au lien inhérent entre la technique, la science et l’influence qu’elle a eue, et a encore aujourd’hui, sur les arts visuels et l’art contemporain. Elle envahit la totalité du musée, soit près de 3000m2 et environ 130 oeuvres sont présentées sur les 3 niveaux, et regroupées selon 3 thématiques : « La Mesure du Temps », « La Matière Dévoilée » et « Les Inventions appliquées ».

La scénographie est plutôt bien réfléchie, on déambule tranquillement dans de grands espaces, on passe de salle en salle et l’évolution des thématiques se fait sans trop de difficultés. Pour commencer le parcours il nous est possible d’admirer le pendule de Foucault. Cette œuvre, au-delà même de sa symbolique et de son histoire, représente quelque chose de beaucoup plus grand. Au sein du musée, et à l’extérieur, sont disposées les autres planètes du système solaire. Dès le départ la barre est placée très haut : le musée nous met au coeur du système solaire, donc de l’histoire, et se propose de nous faire comprendre, clairement, le lien existant entre l’art et la technique. Avec ce pendule et cette reproduction du système solaire, le MUDAM insiste sur le fait qu’il est là pour nous faire découvrir quelque chose de capital dans l’histoire de l’art, et de l’histoire tout court.

PENDULE DE FOUCAULT © MUDAM

PENDULE DE FOUCAULT © MUDAM

La première partie offre des oeuvres assez intéressantes. On retrouve une oeuvre de Raphaël Zarka, ou encore celle de Christoph Fink. Toutes deux représentent des sujets précis : saisir le temps et arpenter l’espace. Cette première partie de l’exposition fait comprendre comment l’art, à travers plusieurs oeuvres, peut illustrer des phénomènes que la science tente d’expliquer de façon technique et rationnelle. Chaque pièce exposée est là pour souligner les questionnements qui, chaque jour, se posent à nous : saisir le temps, et se situer dans l’espace. Exister parmi nos semblables, mais également au milieu de l’univers. Les oeuvres d’art servent habilement le propos ; on trouve des installations qui illustrent, parfois de manière assez complexe, il faut le dire, ce problème. Les oeuvres présentées imagent la chute d’un corps, le rythme d’une journée ou d’une vie, des instruments de mesures. Elles créent un univers hors norme, éloigné de notre monde. On se croirait presque dans un laboratoire. C’est là que le côté ludique entre en jeu. On ne comprend pas tout de suite ce qui nous est présenté, alors on tourne autour, on cherche, on imagine et on comprend. Une première partie bien réussie en somme.

Puis, nous entrons dans la deuxième thématique proposée par l’exposition. On nous demande de nous intéresser à l’échelle des mondes, d’explorer différents jeux d’optique, de jouer avec le son, l’acoustique, et aussi de regarder l’invisible se manifester. Ici, une certaine histoire de la photographie nous est relatée, afin de capturer l’infiniment petit, et de comprendre le monde qui nous entoure. Grace aux oeuvres présentées, comme celle de Stéphanie Sautour, Alkeishuikkanen, on découvre que l’art de la photographie a permis de révéler d‘autres échelles que celles que nous connaissions. Un monde existe au-delà de celui qu’il nous est donné de voir à l’oeil nu. L’art est complètement au service de la science, et de la technique. Le dialogue se fait plus fort à ce moment de l’exposition. L’oeuvre Prototype for a Nunfunctional Satellite illustre le mieux cette question de l’échelle du, et des mondes. Elle veut représenter un satellite, qui sera ensuite mis en orbite dans le système solaire. Elle est une étape importante de la création : l’homme construit de sa main une chose à son échelle, qui sera ensuite envoyée dans l’univers mais, qui aura également sa place au sein de l’immensité sidérale. Les échelles se mélangent, la place de l’homme évolue et la technique, ici, est au service de l’art.

Trevor Paglen : Prototype for a Nonfunctional Satellite (Design 4; Build 3), 2013, Courtesy de l’artiste; Altman Siegel, San Francisco; Metro Pictures, New York; Galerie Thomas Zander, Cologne; Protocinema, Istanbul

Trevor Paglen : Prototype for a Nonfunctional Satellite (Design 4; Build 3), 2013, Courtesy de l’artiste; Altman Siegel, San Francisco; Metro Pictures, New York; Galerie Thomas Zander, Cologne; Protocinema, Istanbul

On arrive enfin à la troisième et ultime partie : « les inventions appliquées ». Cette dernière thématique explique la fabrication de certaines inventions, la question de la production est assez importante. On découvre des oeuvres fascinantes qui mettent en avant les rouages et les mécanismes de certaines machines et on peut y admirer Fatamorgana, de Jean Tinguely ou encore Miracolo Italiano de Damian Ortega. Ces ouvrages démontrent la complexité de la construction d’un outil, et de la technique requise pour faire fonctionner cet outil. L’oeuvre qui clôt l’exposition est, sûrement, celle qui donnera tout son sens à ce dialogue et ce questionnement.

Damián Ortega, Miracolo Italiano, 2005

Damián Ortega, Miracolo Italiano, 2005

Il s’agit de Trophy, de l’artiste anglais Conrad Shawcross. L’artiste a réalisé un bras « robot » qui sculpture une corne de cerf. Cet ouvrage fait directement référence à une toile du Titien représentant le mythe de Diane et d’Actéon. Ce parallèle, entre la Renaissance et nos jours, est tout à fait représentatif du dialogue qu’a voulu instituer le MUDAM. La technique actuelle est mêlée à l’art. On peut trouver un peu de Diane dans ce robot, comme il est possible d’y retrouver Actéon. Avec cette oeuvre, tout le parcours de l’exposition devient plus limpide. On comprend alors, plus clairement, ce qu’ont voulu exprimer le MUDAM et le Musée des Arts et Métiers. Un lien inhérent entre la technique et l’art, peu importe le siècle ou l’époque. Tout est toujours lié.

Conrad Shawcross : Trophy, 2012, Vue d’installation à The National Gallery, Londres, Courtesy de l’artiste et Victoria Miro Gallery Londres © Conrad Shawcross. Photography © The National Gallery Photographic Department

Conrad Shawcross : Trophy, 2012, Vue d’installation à The National Gallery, Londres, Courtesy de l’artiste et Victoria Miro Gallery Londres © Conrad Shawcross. Photography © The National Gallery Photographic Department

L’exposition est une réussite dans le sens où, beaucoup d’interrogations importantes autour de la technique et l’art sont soulevées. Les oeuvres, en grand nombre, offrent de suivre l’évolution de la pensée, des technologies, tout en comprenant le rapport fort, entretenu avec l’art. Des oeuvres majeures sont présentées, il n’est pas possible de tout citer, mais on retient entre autre la série, dévoilée pour la première fois, de Pierre Ernest Peuchot, une série d’huiles sur toiles qui illustre les phénomènes d’interférences. Elle a été réalisée en 1882, on remarque alors de nombreuses formes qui naîtront en Art Abstrait des années, voire des décennies, plus tard. Cette série était utile pour découvrir un phénomène scientifique, mais, on constate qu’elle reprend des motifs qui apparaîtront en art très longtemps après. Cette série est la preuve même que la science et l’art sont liés ; tout se retrouve, tout se mélange et rien ne se perd. Il suffit d’être attentif, et l’on s’aperçoit qu’un lien très net existe entre la technique et l’art.

Les oeuvres sont ludiques pour un grand nombre. On peut interagir avec certaines, en cela, l’exposition nous apprend beaucoup et nous permet d’y voir plus clair. En revanche, il faut se documenter un minimum sur le titre, pas forcément accessible, et également sur les thématiques abordées lors de l’exposition afin de ne pas se sentir perdu, et de comprendre un minimum de ce qui s’offre à nous. Une exposition réussie en majorité donc, pour le MUDAM et le Musée des Arts et Métiers. A voir !

Nous vous parlerons prochainement d’un nouveau système de médiation, présenté pour la toute première fois au MUDAM… Un indice : ça inclut des robots. Stay tunned !

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