Eugène Viollet-le-Duc, l’architecte polyvalent

La Cité de l’architecture et du patrimoine avec la médiathèque de cet établissement, célèbrent le bicentenaire de la naissance de l’architecte français Eugène Viollet-le-Duc, personnalité du XIXème siècle, qui marqua le monde des arts à travers ses travaux de restauration. L’exposition met en lumière des aspects, jusqu’ici très peu abordés, de la vie de cette personnalité, c’est-à-dire son amour pour l’art, tout comme pour les sciences dites « dures ».

Même si Viollet-le-Duc a vécu l’une des époques les plus mouvementées de l’histoire de France, la Restauration, la Commune, le 2nd empire et la IIIème République, sa carrière n‘a pas pour autant subi les ravages des régimes politiques et, c’est ce qui est présenté dans la première salle de l’exposition. Il ne faut surtout pas penser en l’architecte comme un homme écarté de la société de son temps, mais plutôt comme quelqu’un qui avait une capacité étonnante pour se lier avec son entourage. Ceci lui valu d’avoir toujours accès à des positions privilégiées qui ont enrichi sa formation visuelle, sans qu’il eut recours à une formation académique stricte. Ce qui explique d’une manière sa passion pour des sujets et des disciplines qui sont diamétralement opposés. D’une part, l’exposition s’efforce de montrer l’intérêt que Viollet-le-Duc portait vers l’anatomie des êtres et par les écrits de Darwin, et d’autre part, son amour pour les paysages romantiques et l’ornement.

Les toutes premières salles nous exposent ainsi des petites séries de dessins faits de manière minutieuse, qui montrent des paysages topographiques sortis des nombreux carnets de voyage de Viollet-le-Duc. Les voyages ont façonné la vision de l’artiste et d’une certaine manière furent son académie, c’est-à-dire qu’à travers eux il put expérimenter, en chair et en os, ce qui était enseigné dans l’académie des Beaux Arts à Paris. Il voyagea dans les principales villes de l’Italie et en visita les principaux centres culturels, il observa les monuments antiques, desquels et en dessina des croquis. On peut voir dans ce type des travaux sa vision tout à fait éloignée de celle des académies, puisqu’en tant qu’architecte il fait des très beaux croquis qui sont des véritables pièces d’art.

Par ailleurs, sa formation inclut aussi le folklore français, ce qui accentue son goût et son intérêt pour le Moyen Âge, « l’époque française » d’après les mots d’Émile Mâle. La deuxième salle de l’exposition montre une vidéo où la fleur de la partie sud de Notre-Dame est projetée, une voix off relate comment Viollet-le-Duc fut vivement touché par les vitraux, suggérant que dès son très jeune âge, l’architecte porta son attention vers la cathédrale de Notre-Dame.

L’esprit d’Eugène Viollet-le-Duc laisse entrevoir dans ses travaux un amour pour les animaux et particulièrement pour ceux qui ont disparu, montrant son possible intérêt pour Darwin et sa théorie de l’évolution. La botanique, la géologie et surtout l’anatomie l’inspirent pour faire ses travaux d’ornementation dans de nombreuses restaurations comme celle de Notre-Dame où les études préparatoires des gargouilles montrent qu’il s’est beaucoup documenté pour restaurer les figures, le plus proche possible, de l’anatomie des animaux qui servaient de modèle aux gargouilles.

Eugène Viollet-le-Duc combine plusieurs disciplines pour recréer et donner l’éclat perdu aux monuments dans, et sur, lesquels il travaille et se permet de retoucher certaines parties, notamment dans
la décoration des églises. Lorsqu’il bâtit derrière Notre-Dame la flèche et commanda la création des nouveaux vitraux, les critiques ont vitupéré les choix de l’architecte qui mettait en pratique ses théories sur la restauration : « restaurer un édifice ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ».

Finalement, les dernières salles se centrent sur l’importance des projets pédagogiques qu’il entreprît. L’exposition reprend deux murs du « musée de sculpture comparé » qui fut le prédécesseur du musée des monuments français. Les salles qui suivent regroupent des moulages entassés dans les murs, correspondant aux images des musées « anciens » où les collectionneurs montraient les possessions sans qu’il existe une mise en place aérée. Chose étonnante chez Viollet-le-Duc, sa passion pour enseigner, lui, qui n’a jamais suivi une formation spécifique, veut à travers des nouvelles méthodes, rafraîchir l’enseignement.

Tout ce qui est montré dans l’exposition nous révèle un architecte excentrique et différent des autres, qui combine imaginaire et rêverie avec précision et esprit scientifique. Avec des pièces uniques et précieuses, l’exposition fait retentir dans les murs la pensée d’Eugène Viollet-le-Duc nous dévoilant le modèle-type, l’archétype des architectes contemporains.

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