Euphronios à Cerveteri et les espoirs naissent

Après quarante ans, le 18 décembre dernier, le cratère d’Euphronios (Vème siècle avant Jésus Christ) retourne dans sa ville d’origine, Cerveteri, dans l’ancienne Etrurie (Italie). L’œuvre est célèbre, non seulement, parce qu’elle représente un rare témoignage d’Euphronios, peintre grec de céramique à figures rouges, mais aussi parce que c’est une œuvre qui a souffert du trafic illicite des biens culturels.

Le territoire Etrusque a subi dans l’après-guerre de nombreuses fouilles illicites. Ces pillages ont nourri un trafic, qui de l’Italie est arrivé aux Etats-Unis, en passant par la Suisse. Le trafiquant Giacomo Medici, condamné en 2009 à huit ans de prison, a pillé 20 000 objets archéologiques, dont le célèbre cratère d’Euphronios. En 1972, le vase attique avait été vendu au Metropolitan Museum de New York, alors dirigé par Thomas Hoving, pour 1 million de dollars, somme extraordinaire à l’époque. Malgré le scandale que l’acquisition illicite avait crée et, malgré les enquêtes du Commandement carabinieri tutelle du patrimoine culturel, le directeur refusait la restitution de l’œuvre. Il a fallu des décennies de débats et d’enquêtes pour obtenir de l’institution culturelle américaine la restitution de l’œuvre d’Euphronios sortie illégalement d’Italie. Celle-ci a finalement eu lieu en 2008, sous la direction du Metropolitan Museum par Philippe de Montebello. Le cratère a d’abord rejoint l’exposition « L’arme pour l’art. 1969-2009 : 40 ans d’activité du Commandement carabinieri tutelle du patrimoine culturel », au château Saint-Ange à Rome (22 septembre 2009-30 janvier 2010). Cette section des Carabinieri, créée en 1969, est en effet la première unité spécialisée dans la prévention et l’élimination du trafic illicite de biens culturels, le troisième au monde après armes et drogue. Conservé en suite au musée archéologique Etrusque de Villa Giulia, le cratère est présent aujourd’hui à l’exposition inaugurée le 18 décembre dernier au musée archéologique de Cerveteri. L’exposition accueille une autre œuvre d’ Euphronios , également victime de trafic illicite, une kylix resituée en 1999 par le Getty de Malibu.

Le maire de Cerveteri souhaiterait que le cratère d’Euphronios reste dans le musée de sa ville. Le ministre de la culture Dario Franceschini, présent à l’inauguration, suggère le prolongement de l’exposition jusqu’à la fin de l’Exposition Universelle de 2015, l’objectif étant que les très nombreux visiteurs de cet événement international n’aillent pas uniquement à Milan, siège de l’Exposition Universelle, ou à Rome, la ville éternelle, mais sillonne le Pays à la découvertes de centres plus petits également riches en expériences culturelles et esthétiques.

Que le cratère d’Euphronios contribue au développement de centres plus petits, ou à la sensibilisation à la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, qui est souhaitable et rend encore plus heureux le fait qu’une œuvre regagne son contexte… et puisque on est à Noel on peut se laisser aller à un lyrisme ambiant en souhaitant que se soit toujours le cas. Un acteur napolitain, Massimo Troisi, disait que la poésie n’appartient pas à celui qui la crée, mais à celui qui en a besoin…

Crédits photo : Cratère d’Euphronios, Rome, Musée national étrusque de Villa Giulia, 515 av. J. C.-1

Les commentaires sont fermés.