Exposition Antonioni aux origines du Pop (Cinémathèque Française)

Du 9 avril au 19 juillet 2015, la Cinémathèque Française propose une exposition (et une rétrospective), sur l’un des cinéastes les plus importants du septième art : l’italien Michelangelo Antonioni (1912-2007).

De manière purement chronologique, l’exposition retrace le parcours (de l’Italie aux USA en passant par la Chine) du cinéaste film après film, ce qui, dans le cas d’Antonioni, se traduit également par le portrait de ses différentes muses qui ont jonché sa carrière (Lucia Bosè, Monica Vitti, Jeanne Moreau, Vanessa Redgrave, Maria Schneider, Christine Boisson…). En parallèle à ces changements de figures féminines, l’exposition nous plonge dans l’évolution plastique de son cinéma. Du néo-réalisme viscontien au fameux pop’art des dernières œuvres, tout dans l’art d’Antonioni aspire à une dimension philosophique terriblement moderne ; un cinéma qui se construit autour du désir (relation amoureuse, sentiment impossible, liberté sexuelle, séduction, passion), du regard (révélation, construction d’un espace, perversité), du vide (existentiel, la foule, déconstruction narrative), de la violence (le champ et le hors champ), de l’incommunicabilité entre les gens (les rencontres, l’ennui) et de la figure féminine (le sexe fort).

Outre les différents documents vidéo (extraits de films et de documentaires), les habituelles brochures de presse (critiques de l’époque et des échanges courriels entre le cinéaste et certains comédiens : Alain Delon, Jeanne Moreau, Gérard Philippe…), les nombreuses photos de tournage (celles de L’Eclipse entre Delon et Vitti sont parfois amusantes) ainsi que les splendides affiches d’époque, on ne peut être qu’agréablement surpris de voir certains tableaux de peintres ayant inspiré le maître italien : Giorgio De Chirico  (Piazza d’Italia), une magnifique nature morte de Giorgio Morandi, Alberto Burri (Rosso plastica)… Si rien ne peut remplacer la vision de ses films (je conseille pour commencer de visionner sa « trilogie moderne » : L’Aventura, La Nuit, L’Eclipse), cette exposition aura le mérite de mettre en avant le travail plastique absolument phénoménal d’Antonioni, dont certaines œuvres picturales sont d’ailleurs exposées, démontrant ainsi l’influence artistique de cet immense visionnaire. A l’image de Federico Fellini (et de Visconti dans une moindre mesure), Antonioni s’est donc émancipé du néo-réalisme italien des années 1950 (Rossellini, De Sica), afin d’explorer des domaines plus abstraits (à la fois psychédélique et métaphysique : le vide, le désert, la perversion…), et plus contemporains (l’explosion pop durant les années 1960, la photographie, David Bailey…), qui auront eu le mérite de travailler ses formes cinématographiques dans leur essence même (le travail sur la couleur et sur la matière en particulier). L’œuvre d’Antonioni est d’une telle richesse, et d’une telle ampleur, qu’une seule exposition ne peut évidemment pas suffire à prendre en compte toute la complexité esthétique de son réalisateur. A l’instar d’un Ingmar Bergman (l’autre cinéaste « moderne » des années 1960), il suffirait, par exemple, d’énumérer les noms des cinéastes qui se revendiquent (ou assument l’importance) de son cinéma, pour commencer à envisager son aura artistique (et il s’agit là d’une liste non-exhaustive) : Martin Scorsese, Jean Luc Godard, Gus Van Sant, Hou Hsiao-hsien, Wong Kar-wai, Andrei Tarkovski, Bruno Dumont, Alain Resnais, Claude Sautet, Brian De Palma, Robert Altman, Michael Mann, Wim Wenders, Francis Ford Coppola, Julian Schnabel, Dario Argento… Si on reconnait généralement un « grand » cinéaste à son influence sur les générations suivantes, Antonioni a logiquement sa place parmi les plus grands (John Ford, Orson Welles, Stanley Kubrick, Akira Kurosawa…), ce qui fait de lui, un « indispensable » pour tout cinéphile qui se respecte.

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