Fabuleux Maroc à l’Institut du Monde Arabe

Après avoir vu le Maroc Médiéval du musée du Louvre et ayant été plutôt déçue, je me suis rendue avec appréhension à l’Institut du Monde Arabe.

J’ai été plus qu’agréablement surprise ! L’exposition est d’une richesse incroyable : tant dans la diversité des oeuvres exposées que par la variété des motifs et des symboliques.
L’exposition commence avec une première salle recouverte des clichés d’Hicham Benohoud et sa série Ane Situ. Ce trait d’humour questionne directement le spectateur sur sa condition face à l’art, mais également la position de l’artiste sur la scène mondiale. Ses clichés avaient été exposés lors de la foire Paris Photo, une bonne surprise que de les retrouver ici.
Pour continuer sur cette thématique, nous apparait la série de Meji Diary of the Bled. Encore une fois l’humour est présent. Une série de photographies décalées à souhait, pour toujours, confronter la place de l’homme, des valeurs, dans notre monde contemporain.
Face à cette série, une sélection en noir et blanc à couper le souffle : Fouad Maazouz. Ce jeune photographe, reconnu comme un des leaders de la photographie marocaine, nous impose la question de l’identité à travers des clichés riches de détails, de minutie, aux contrastes appuyés.
L’exposition débute donc assez fort.

Puis on apprécie les oeuvres hyper colorées de Mohammed Melehi qui dialoguent avec celles de Farid Belkahia. Ce dernier produit de grandes pièces en bois, aux motifs orientaux, tout en arabesques. Cette dimension du motif, du bois, de la nature est assez bien explicitée. On ressent vraiment l’importance de ces thèmes dans le développement de l’art marocain. Les artistes sont résolument contemporains, mais n’ont pas oublié les fondements de leur patrimoine artistique. L’oeuvre qui l’illustre le mieux est L’Hommage à Courbet, de Belkahia.
Un peu plus loin, plusieurs théières contemporaines aux couleurs « flashy » s’exposent dans une vitrine. Le thé à la menthe est un élément ancien et clairement ancré dans la culture marocaine. Ces théières stylisées sont donc le résultat d’un message fort, d’une volonté d’émancipation en n’oubliant pas les fondamentaux de la culture marocaine.
Le désir d’émancipation, de contemporanéité est capital pour les artistes du Maroc. Ils nous montrent ainsi, qu’un équilibre est possible, envisageable, dans le contexte conflictuel du monde arabe.

La visite se continue et on se retrouve dans une pièce avec plusieurs oeuvres, toutes de natures différentes. On découvre ainsi The Massacror de Max Boufathal. Ce chien d’acier, fait face à une oeuvre numérique et à une maquette de ville futuriste, qui met en exergue l’importance de la science et des mathématiques dans la culture orientale.

Une nouvelle pièce présente l’oeuvre de Safaa Erruas, ainsi que les sublimes pages calligraphiées de Noureddine Daifallah. C’est dans cette partie même de l’exposition que l’on aperçoit Jack Lang, tout content d’expliquer la mise en place de l’événement à un petit groupe de visiteurs. Assez sympa non ?

Puis la visite prend une tournure plus qu’intéressante. On se retrouve dans une salle plutôt sombre.
L’installation de Younès Atbane, Zouhair Atbane et Omar Sabrou est surprenante. Cette oeuvre numérique fait clairement référence à la Mecque et aux fidèles. Une création forte qui lance la question de la religion et de la modernité.
On retrouve ce questionnement dans les salles qui suivent. L’oeuvre de Mounir Fatmi, Casse-tête pour musulman modéré est d’une puissance dingue. On retrouve cinq rubik cubes, repeints en noir avec des bandes blanches. Une fois reconstitués, la bande blanche apparait sur le haut des cubes et représentent ainsi la Mecque. Jouer ainsi avec la religion, la vulgariser presque, la rendre légère, est tout l’enjeu de l’art marocain dans cette dernière partie de l’exposition. Plusieurs formes de représentation de la Mecque, du culte de l’Islam, ainsi que deux performances vidéos sont exposées : une femme triturant une moule et un homme marchant au bord de l’autoroute en talons aiguille.
La religion dialogue avec la question de la sexualité et du genre. Ces deux thèmes, propres à notre époque, sont des sujets plus que sensibles au sein du monde arabe. Les mettre en lien avec la religion tend assurément vers un dépassement des préjugés présents au Maroc (et dans le monde Arabe en général).

C’est avec ces oeuvres que se termine l’exposition, d’où l’on ressort comme ayant pris une belle claque !

Tout est là. La multiplicité de la matière, la pluralité de la forme artistique ; mais également toutes les questions inhérentes au monde arabe. La croyance est mise en tension, on pense alors forcément au Printemps Arabe et aux conventions. Mais ce n’est pas tout ! La dimension de la construction, de la création est forte au sein de cette exposition.

L’exposition de l’Institut du Monde Arabe présente un Maroc coloré, instruit, en quête d’innovation et d’émancipation. Un Maroc qui n’a pas peur d’ébranler les bases de la culture orientale. Un Maroc foisonnant, riche, tourné vers l’Occident. Bref, vous l’aurez compris, les 8,50€ du billet d’entrée les valent largement !
Une exposition réussie, qui rattrape la déception du Louvre !

Crédits photos : 1 & 2 & 3

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