Face d’ange – Koldo & Angel Unzueta (2015)

C’est incroyable quand même ! Cette semaine je parle de la BD Face d’ange de Koldo et Unzueta Angel. Ils ont forcément dû s’inspirer de moi pour le titre, parce que c’est mon surnom depuis toujours, « face d’ange ». Comment ils vont appeler la suite hein ? Ils vont aussi me prendre mon autre surnom « corps de rêve » ? Outrée ! Que je suis !

Comme je suis très professionnelle, je peux travailler même après une découverte aussi choquante. Alors allons-y avec l’histoire du jour.

Elle se déroule à Los Angeles en 1959. Diane est retrouvée morte dans une chambre d’hôtel. Son ex-mari, Paul Ares est dépêché sur les lieux du crime pour identifier le corps. Bien que n’ayant eu aucun contact avec la victime depuis longtemps, il est bouleversée par sa mort. Il s’était éloigné d’elle et de sa fille, Callie, à son retour de la guerre de Corée. Pour échapper à ses souvenirs, il s’est réfugié dans l’alcool et la solitude. Avec la mort de Diane, il reprend son rôle de père en main, et emmène sa petite fille vivre avec lui. Alors qu’ils commencent à se rapprocher, Callie voit le fantôme de sa mère apparaître devant elle, à plusieurs reprises. Il semble vouloir la mettre en garde contre quelque chose, et aussi lui en dire plus sur les circonstances de sa mort.

Un polar en BD, c’est pas si commun. Un polar avec des éléments fantastiques ? Assez rare, mais ça s’est déjà vu. Et une BD au style proche des artistes du Pop art ? D’accord, ça c’est original. Oui mais le fantôme qui revient pour prévenir d’un danger c’est assez connu… Bon finalement, est-ce qu’elle est originale cette BD ?

En réalité, c’est assez compliqué de répondre. Avant de parler d’originalité, évoquons les points forts de l’œuvre. Étant donné que c’est un polar, le rythme doit forcément être assez rapide pour entretenir l’attention du lecteur, et surtout pour réussir à créer ce fameux suspense, critère obligatoire d’un bon polar. Aucun souci de ce côté-là, le rythme est bon puisqu’il permet une lecture rapide et agréable de l’histoire. Quant au suspense, il est forcément présent dès que l’on combine polar et fantastique : crime non élucidé et fantôme, la recette secrète d’un suspense facile. La case « tension » du cahier des charges est remplie. Pour ce qui est des personnages, on reste sur quelque chose d’assez basique : la fille qui en veut au père absent, le père qui s’en veut d’avoir été absent et qui boit, et l’autre homme, camarade de guerre, et ancien compagnon de la victime, celui que la petite appelle oncle. Ils se définissent par leur rôle et leurs relations, plutôt que par leur individualité.

Le pivot pour passer entre ce qui fonctionne, et ce qui comporte quelques ratés est le style, les dessins. Comme le style de Roy Lichtenstein (toujours caser un grand nom dans un article, tu passes pour cultivé), celui de Angel Unzuetal est composé d’un symbole qui se répète à l’infini. Chaque dessin se décompose en une nuée de losanges colorés, qui donnent un cachet particulier à chaque planche, et qui colle parfaitement à l’ambiance de la fin des années 50. Un style en raccord avec l’époque, super idée. Petit point noir : ça donne un air assez figé à l’ensemble, et peut déplaire à certains lecteurs, dont votre serviteur.

On bascule maintenant dans ce qui peut vraiment poser problème. C’est facile d’accès, rapide, rythmé mais… ce n’est pas si original que ça en fin de compte. Alors certes, ce n’est que le premier volume, attendons la suite, mais… Pourquoi ? Qu’est-ce qui donne réellement envie de retourner dans cet univers ? Certainement pas les personnages fantômes (humour), sans profondeur. Les dessins lassent rapidement, et l’absence totale d’humour n’est pas le critère premier qui te fait suivre une série. Le suspense ? Oui, on veut avoir le fin mot de l’histoire, mais autant se tourner vers un œuvre beaucoup plus complète, qui a plus à offrir que la simple attente de la résolution finale, non ?

Enfin, vous faites comme bon vous semble. Pour ma part, je ne suis pas sûre que la suite change radicalement mon avis sur la série.

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