Faig Ahmed prend le contrôle de la Matrice

Nous en avions parlé il y a quelques semaines comme un des artistes à suivre (YIA Art Fair 2015), Faig Ahmed est arrivé dans le giron des « grands » sites d’art contemporain, et du coup, tout le monde s’affole sans vraiment comprendre son art. Analyse chirurgicale de ce génie de la laine.

Né en 1982 à Baku en Azerbaïdjan, et diplômé de la State Academy of Fine Art en 2004, Faig Ahmed s’est essayé à diverses formes d’art depuis 2003 : de l’installation à la peinture en passant par l’art vidéo. Dès le début, il délimite son travail autour d’un champ de réflexion bien précis : celui de la réinterprétation des traditions de son pays natal, dans une vision contemporaine.

Pour pouvoir opérer ce questionnement, il a travaillé en deux temps. Pour faire du bon boulot quand on est un artiste contemporain, il faut déjà être un boss en art classique (ce qui signifie, soit avoir un oeil exercé sur ce que l’histoire de l’art a fait de mieux en 5000 ans, soit avoir reçu une formation plastique reprenant les bases). Ce qu’il a fait en ayant étudié en profondeur l’histoire de l’art, et surtout de l’artisanat de son pays. Ce n’est qu’en ayant eu ce socle artistique solide, qu’il a pu saisir les enjeux de celui-ci et y inclure des fragments d’art contemporain; combiner l’ancien et le nouveau, jusque-là rien de dingue, mais ça marche à tous les coups. En parcourant les traditions, les cultes, et les cultures de l’Azerbaïdjan, il a réussi à produire un substrat, une sorte de base référentielle qu’il va pouvoir utiliser à sa guise.

Ses tapis, ses installations, et ses broderies sont donc le résultat de cet équilibre. Amoureux fou du textile, il remet au gout du jour un procédé de création artisanale, que l’on ne voit plus que dans quelques salles obscures de Drouot. Partant de l’idée que l’art du tissage est un art ancestral unissant toutes les cultures, il place ses créations dans une certaine continuité historique, voir archéologique. Son inspiration, quant aux motifs, il la prend lors de ses voyages à travers le monde, mélangeant les motifs perses, méditerranéens et surtout orientaux. Cassant les codes de ces pièces de textiles qui étaient vouées à finir dans un salon, il les expose en hauteur à la manière des tapisseries que nul ne sauraient fouler.

Faig Ahmed remet au jour une part de l’art islamique, grâce à un rapport contemporain à un procédé millénaire, se plaçant entre deux mondes. Son art est certes visuellement très beau, mais sa manière de travailler l’est encore plus, car il est un véritable acteur de la transmission et de la préservation d’un savoir.

Crédits et sources photographiques : Faig Ahmed/Avax/Dzinetrip/Adafruit.

Les commentaires sont fermés.