Festival de Cannes 2015

Encore aujourd’hui, le Festival de Cannes reste la référence mondiale en matière de festival cinématographique, et ce malgré l’importance grandissante de « nouveaux » festivals (Toronto, New York, Austin), et la belle résistance de ses « rivaux ancestraux » (Berlin et Venise). Cette année encore, le gratin du cinéma d’auteur sera présent durant la quinzaine cannoise, et il est presque acté qu’on y verra probablement les « meilleurs films de l’année 2015 » (voire de 2016 selon les dates de sortie). Sauf grandes surprises : Jeff Nichols et Terrence Malick ne sont, par exemple, pas présents, comme le dernier film des Frères Coen (Présidents du Jury pour l’occasion). Même si la Sélection Officielle retient tous les regards, les autres « sélections » (Quinzaine des réalisateurs, Semaine de la critique et Un certain regard) ne sont jamais en reste. Qu’il s’agisse de découverte de talent, de confirmation de futur grand cinéaste, ou bien d’ovnis cinématographiques, les « sélections annexes » possèdent cette candeur, et cette liberté d’esprit, qui garantissent de véritables moments d’émotion (ce que l’Officielle ne peut plus se permettre, car trop de politique et trop de marketing) à leur public. Une vraie proposition de cinéma, à la fois riche, ambitieuse et originale, qui ne se préoccupe jamais du nom de celui qui réalise (ou bien des acteurs pour le tapis rouge), mais seulement de l’œuvre en tant que telle, c’est-à-dire celle d’une véritable vision du monde, singulière et profonde, faite à partir de moyens formels et/ou narratifs, à la portée dramatique (généralement) bouleversante.

Chez les grands cinéastes contemporains présents dans les sélections parallèles, il faudra donc suivre le nouveau Kyoshi Kurosawa (Vers l’autre rive), un des cinéastes les plus intéressants de ces dernières années, à « Un certain regard », ainsi que le dernier film de sa compatriote Naomi Kawase (An), qui fera également l’ouverture de cette sélection. Deux grands habitués de Cannes (et c’est d’ailleurs surprenant de les retrouver à « Un certain regard » et non en Officielle), le philippin Brillante Mendoza (Taklub), et l’iconoclaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (Cemetery of splendour). Une sélection, à l’évidence, extrêmement relevée et très dense, qui ferait presque de l’ombre à l’Officielle. Et que dire alors de la Quinzaine des réalisateurs ?… qui possède également une sélection très impressionnante : l’inclassable japonais Takashi Miike (Yakuza Apocalypse : The Great War of the Underworld), le jeune prodige portugais Miguel Gomes (Tabou) qui vient, cette année, avec une adaptation de six heures des contes Les mille et une nuits, et l’expérimenté Arnaud Desplechin (Trois souvenirs de ma jeunesse), rendent cette sélection des plus excitantes. Alors que Philippe Garrel viendra à la Quinzaine avec L’ombre des femmes, son fils, Louis Garrel, présentera à la Semaine de la critique, Les deux amis (avec l’excellent Vincent Macaigne). Dans cette même sélection parallèle (premier et second long métrage uniquement !), on attendra beaucoup du second long métrage d’Elie Wajeman, Les anarchistes, porté par les deux acteurs français les plus passionnants de la nouvelle génération : Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos. A noter la présence, en séance spéciale et de minuit, des très attendus, Love de Gaspard Noé, Oka de Souleymane Cissé, Une histoire de fou de Robert Guédiguian, et de la première réalisation de Nathalie Portman (A Tale of Love and Darkness).

En regardant avec un peu plus d’attention la Sélection Officielle, elle s’avère plus surprenante qu’à l’accoutumée (exit les « abonnés » Terence Malick, Michael Haneke, Cyril Bilge Ceylan, Les frères Dardenne, Ken Loach et Lars Von Trier…) avec une ouverture très nette chez les jeunes cinéastes. Cela inaugure un véritable vent de fraîcheur, indispensable à la survie du festival, dont l’aspect artistique doit toujours primer face aux enjeux commerciaux (et politique).

Cinq français (c’est la nationalité la plus représentée !) viennent concourir cette année pour la prestigieuse Palme d’or. Immense habitué du festival (il doit probablement avoir un siège à son nom) et chef de file du cinéma d’auteur made in France, Jacques Audiard revient cette année avec le très attendu (un peu comme tous ses films d’ailleurs) Dheepan – L’homme qui n’aimait plus la guerre, tourné sans aucune star. Deux chouchous du public et des médias, deux femmes en l’occurrence, Maïwenn (Mon Roi) et Valérie Donzelli (Marguerite et Julien) vont tenter de se faire une place de choix parmi les grands noms du cinéma mondial. Autre nom habitué des festivals français, Stéphane Brizé, vient présenter La loi du marché avec l’immense Vincent Lindon. Rattrapé de dernière minute sur la Quinzaine, Guillaume Nicloux, présentera Valley of love, avec deux poids lourds du cinéma français : Isabelle Huppert et Gérard Depardieu.

L’avis d’Art/ctualité : Si un film d’Audiard est toujours un évènement en soi, mais peut, parfois, être décevant (De rouille et d’os), on préfère ici miser sur l’imprévisible et naïve Valérie Donzelli (La guerre est déclarée), même si le Stéphane Brizé intrigue fortement.

Trois italiens arrivent également en force cette année dans l’Officielle. Peu de surprises dans les noms choisis par ailleurs, il s’agit là tout simplement des cinéastes les plus connus actuellement, et surtout des habitués du festival cannois : le meilleur des trois, Nanni Moretti, qui revient, après quatre ans et l’excellent Habemus Papam (2011), avec Mia Madre. Paolo Sorrentino, capable du pire (This must be the place) comme du meilleur (Il Divo), propose cette année La giovinezza, au casting international et quelque peu « old school » : Harvey Keitel et Michael Caine. Et enfin, l’incorrigible Matteo Garrone, avec, comme son collègue Sorrentino, un casting très international (Salma Hayek, Vincent Cassel et John C. Reilly) cherchera à glaner son troisième Prix du Jury après le percutant Gomorra (2008) et le naïf Reality (2012).

L’avis d’Art/ctualité : Nanni Moretti ne déçoit (presque) jamais. Un immense cinéaste.
Seulement trois américains (dont un canadien !) sont en Officielle cette année, mais il s’agit encore là de véritables valeurs sûres. Gus Van Sant vient, comme un peu chaque année où il fait un film, présenter son dernier au casting ronflant (Matthew McConaughey, Ken Watanabe, Naomi Watts). Fait à noter quand même, le film se déroule au Japon. On note également le retour, fort appréciable, de Todd Haynes, dont le dernier film date tout de même de 2006 (I’m not there), avec Carol porté par la magnifique Cate Blanchett. Et enfin, le « très à la mode » canadien Denis Villeneuve, aussi à l’aise dans le film commercial (Prisoners), que dans le film d’auteur (Incendies) ou encore expérimental (Enemy), présente cette année Sicario, film de genre (film policier) sur fond de cartel de drogue avec Emily Blunt et Benicio Del Toro.

L’avis d’Art/ctualité : Si un film de genre à Cannes est toujours une expérience forte appréciable, surtout quand il nous vient de Denis Villeneuve, on attendra tout de même davantage de cette histoire d’amour que nous propose le trop rare Todd Haynes.

Trois cinéastes asiatiques cette année (et c’est peu en vrai !), mais pas loin d’être les « meilleurs » : l’immense taiwanais Hou Hsiao-hsien qui, après presque dix ans de silence (une éternité pour les cinéphiles), vient avec The Assassin, un improbable film d’art martial d’époque, avec Shu Qi et Chang Chen ! Le cinéaste japonais, Hirokazu Kore-eda avec Notre petite sœur tentera quant à lui de rééditer l’exploit de Tel père tel fils (2013) qui avait obtenu le Prix du Jury. Et pour finir, l’un des cinéastes majeurs de ces dernières années, le chinois Jia Zhangke qui, avec Mountains May Depart, viendra probablement compléter son imposante collection de prix (pour le coup totalement mérité).

L’avis d’Art/ctualité : Franchement, c’est très dur de les départager, car ce sont les meilleurs cinéastes de leur pays respectif (et probablement du cinéma actuel). Mais pour tout ce que représente Hou Hsiao-hsien de par le monde, on attend énormément et avec impatience de découvrir son film d’art martial.

Chez les jeunes cinéastes présents dans l’Officielle, on gardera un œil sur le prometteur norvégien Joachim Trier (Louder than Bombs) qui, après la claque Oslo 31 août (2011), avait montré un véritable talent de metteur en scène. Il se voit pour la première fois confier un casting impressionnant (et encore très international) : Isabelle Huppert, Jesse Eisenberg et Gabriel Byrne. Quatre cinéastes, assez méconnus, tenteront de faire déjouer les pronostics : le jeune hongrois, László Nemes (Le fils de Saul) qui a travaillé comme second assistant chez le « maître » Béla Tarr ; le jeune grec, Yórgos Lánthimos (The Lobster), dont le scénario complètement fou mettra en scène un des castings les plus improbables de cette année (Colin Farrell, Rachel Weisz, Léa Seydoux, John C. Reilly…) ; l’australien, Justin Kurzel, repéré avec les crimes de Snowtown (2011) présentera une adaptation de Macbeth avec en tête d’affiche deux des plus grandes stars du moment : Michael Fassbender et Marion Cotillard ; et enfin, le mexicain Michel Franco, repéré à Cannes en 2012 avec Después de Lucía (prix « Un certain regard »), dévoilera Chronic avec le toujours génial Tim Roth.

L’avis d’Art/ctualité : Avec plein de fraîcheur et d’acteurs géniaux (c’est à noter, car ça prouve que les comédiens prennent encore des risques), ces jeunes cinéastes ont de beaux atouts pour faire trembler les « vieux » habitués de la quinzaine cannoise. Avec son scénario surréaliste The Lobster met la barre très haute dans la Sélection Officielle et sur ces petits camarades (un membre particulier du jury, cinéaste mexicain, pourrait se laisser tenter par ce type d’histoire).

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