FETES ET DIVERTISSEMENTS A LA COUR DE VERSAILLES

Le vent bat le pavé, le froid perce les murs, nos mines sont piteuses, l’hiver est arrivé, Noël et toute sa ribambelle de festoiements, c’est du passé. Mais la fête n’est pas finie : Chez le Roi Soleil, à Versailles, Béatrix Saule, Élisabeth Caude et Jérôme de La Gorce poursuivent les festivités pour tenir jusqu’au printemps. L’exposition « Fêtes et divertissements à la cour » projette le visiteur dans le faste des divertissements royaux sous les règnes de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI.

Faites la fête pas la fronde

Un roi sans divertissement est un homme plein de misère. Et plus encore pour Louis XIV, un roi qui crée le divertissement est un monarque omnipotent. En 1646, Louis XIV lance le mouvement avec les fêtes des Plaisirs de l’Ile Enchantée. Loin d’une quête d’hédonisme dispendieux, le roi accorde un but précis à ces divertissements, qu’il associe dans ses Mémoires pour l’éducation du Dauphin à l’art de gouverner. D’une part, ces délassements quotidiens créent une familiarité avec le souverain, et occupent les courtisans, qui loin de fomenter des frondes dans leurs fiefs, se divertissent sous l’œil royal. D’autre part, les réjouissances extraordinaires – organisées à l’occasion de mariages, baptêmes et réceptions politiques -, orchestrent le rayonnement du Royaume de France, et éblouissent les Puissances voisines.  

L’exposition tend à présenter, de manière non exhaustive, l’infinie variété de plaisirs qui émerveillèrent toute l’Europe pendant plus d’un siècle. Les cinq sens sont en émoi : Louis XIV pince les cordes de sa guitare,  Marie Leszczynska  se fait des sueurs froides aux jeux de hasard, Louis XV entame une folle course de traîneaux sur le Grand Canal gelé, Mesdames pêchent dans la pièce d’eau des Suisses, Marie-Antoinette déclame des vers du Barbier de Séville … les hostilités se closent par un spectaculaire feu d’artifice comme démonstration de la maîtrise de l’artillerie. 

Faire de Versailles le plus bel endroit de Paris 

Pendant trois règnes, le domaine du château de Versailles est donc « the place to be ». Le large éventail des divertissements proposés est exposé en 8 sections.

La première salle est consacrée au plaisir de la vénerie et du tir, véritable défouloir, moment sportif et galant. Outre les incroyables tapisseries d’Oudry tout juste restaurées, les tableaux et documents présentés nous dévoilent un loisir qui a su passionner hommes comme femmes.

Puis viennent les carrousels, spectacles équestres fort coûteux par les équipements à fournir, comme nous le montrent les magnifiques dessins de Berain. 

Le théâtre et la musique étaient exercés sans modération et occupaient une large place dans la vie privée, et dans celle de la cour. Les différents monarques, leurs épouses, leurs enfants ont considérablement stimulé la production littéraire et musicale. En témoignent les manuscrits de chefs d’œuvre conçus à Versailles, et les portraits de leurs auteurs : Racine, Lully, Molière, Quinault, Voltaire, Mozart, Farinelli et bien d’autres. 

A l’occasion de ces spectacles et événements, de riches décors sont créés, richesse illustrée par le décor du Temple de Minerve, pièce unique du XVIIIème siècle, remontée pour l’occasion.  Le visiteur peut se figurer toute la magnificence des créations éphémères, grâce aux reconstitutions projetées sur des écrans, produites à partir de documents d’archives. Ces restitutions méritent un petit temps d’arrêt afin de saisir l’inventivité extraordinaire de l’époque. La démesure est à l’usage : ainsi sont mises en place ex nihilo une salle de spectacle, puis de bal, dans le manège de la Grande Écurie pour le mariage du Dauphin, une scène de théâtre dans l’escalier des Ambassadeurs pour Madame de Pompadour, une salle de festin dans l’opéra etc…

Quand ils ne font pas retentir leurs voix et sonner les instruments, les membres de la cour se promènent dans le parc. Les tableaux d’Allegrain, de Pierre-Denis et Jean-Baptiste Martin sont placés à la hauteur du visiteur afin que celui-ci s’intègre dans la balade. Propulsé aux côtés de Louis XIV, il pourrait presque entendre le bruit des fontaines et les pas des courtisans qui se pressent pour vivre un moment privilégié avec le monarque. 

Versailles n’aurait rien eu à envier à Las Vegas, à la cour le jeu est roi : hasard, stratégie, cartes, billard, tric-trac… la cinquième section nous dévoile tout, des diverses règles au comportement des joueurs. Les nombreux prêts, issus de collections particulières, sont l’occasion de découvrir une sélection d’objets ludiques ayant servi à l’époque tels des boîtes de jetons, une table de brelan, ou encore  un jeu de cavagnole décoré de fleurs de lys. 

Enfin les dernières salles déploient toute la technicité de la danse et des illuminations dont les souverains de Versailles ont su faire preuve. Objets d’un apprentissage contraignant et exigeant,  les bals, lorsqu’ils sont masqués, étaient aussi des fêtes folles et démesurées durant lesquelles, le temps d’une nuit, on oubliait l’étiquette et la hiérarchie. Ainsi, Louis XV déguisé en if rencontra-t-il Jeanne-Antoinette Poisson, future Marquise de Pompadour. Puis les feux d’artifice explosent avant que ne prenne la mèche révolutionnaire en 1789 qui sonne le glas des fêtes, de l’Ancien Régime, et de l’exposition.  

A la fois sobre et féconde cette exposition doit se comprendre à la lueur des enjeux politiques et sociaux des XVIIème et XVIIIème siècles. L’ensemble des thèmes s’appuie sur les dernières recherches des historiens, musicologues et conservateurs. On en ressort ainsi l’esprit plus instruit qu’en fête.

Infos pratiques :

« Fêtes et divertissements à la cour », au château de Versailles, jusqu’au 26 mars 2017.

Tarifs : le billet donne accès aux collections permanentes ainsi qu’à l’exposition temporaire, audioguide compris : 15 euros, tarif réduit 13 euros, gratuit pour les moins de 26 ans. 

Catalogue de l’exposition : 49,90 euros

Album de l’exposition : 10 euros

Crédit photo : Bal masqué donné pour le Dauphin, Charles Nicolas Cochin le Jeune, vers 1745 © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michèle Bellot

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