FIAC

Un des événements incontournables de l’art contemporain s’est déroulé la semaine dernière dans la capitale française, on parle de la Foire Internationale d’Art Contemporain qui chaque année envahit les murs du Grand Palais. Tout amateur ou connaisseur d’art s’y rend religieusement pour être au courant de l’actualité, connaître les artistes montants, les galeries et les acheteurs. Cependant, il s’agit en vérité d’un cercle assez restreint, d’un événement dédié à l’élite qui peut se permettre d’acheter un tableau pour des milliers de dollars ou d’euros, l’art n’étant pas discriminatoire dans ces questions monétaires. À vrai dire et pour être absolument franche avec vous, lecteurs, c’est un événement dont on peut se passer, si vous aimez l’art par les qualités humaines qu’il exprime, pour son universalité, parce qu’il ressort le mieux de l’homme, cet événement dégoûte et rabaisse l’art à des niveaux inimaginables. Néanmoins, il faut être réaliste, l’art, comme tout ce qui fait partie de notre société, est un bien consommable et matériel, il faut arrêter de voir en chaque artiste un sauveur ou un être hors du commun, un Orphée surnaturel ; la vérité est que l’artiste est un homme commun qui peut transformer le monde à travers son œuvre, il est un homme qui a une manière autre de voir le monde et qui veut partager cette autre perspective avec les spectateurs.

C’était ma première fois dans cette foire, j’allais l’esprit ouvert et désireuse de découvrir de nouveaux artistes, de connaître les galeries exposantes, et ainsi m’approcher de l’univers du marché de l’art. L’incroyable architecture du Grand Palais était éclipsée par le va-et-vient des personnes qui se rendaient dans cet antre artistique. Par où commencer ? Je me suis décidée par le plus facile, faire le tour du grand palais en cercle, découvrir sans me servir de la carte offerte à l’entrée. J’ai commencé à me plonger ainsi dans l’univers de la foire, c’était très excitant de voir des personnes de tous âges, enfants, bébés, adultes, personnes âgées parcourir l’endroit, d’écouter plusieurs langues à la fois, et de voir les gens discuter hardiment sur les tableaux exposés ou sur les artistes. Une des premières galeries où je me suis arrêtée fût l’Applicat-Prazan, des œuvres de l’artiste Georges Mathieu décoraient les murs, les couleurs vives, les textures et les titres des tableaux contrastaient avec la vague d’art épuré et sculptural qui proliférait dans la foire. Autre galerie qui provoqua une bonne impression ce fût la collection Lambert localisée en Avignon, qui exposait des photographies d’Andres Serrano, l’Ubu Gallery à New York, Le Minotaure à Paris (galerie très accueillante et sympathique envers les visiteurs), la galerie Françoise Paviot et la galerie Tornabuoni (leur choix du décor tout comme la mise en place des œuvres était particulièrement attirants).

Après avoir parcouru le Grand Palais dans sa quasi totalité, de prendre le temps d’étudier les œuvres avec soin, d’écouter les conversations des acheteurs et des passants je me suis rendue compte que la FIAC est moins une activité culturelle qu’un cirque où le statut prime sur le facteur artistique. En effet, en me baladant parmi la foule, je regardais les femmes trophées des acheteurs habillées toutes, des pieds jusqu’à la tête, en Chanel ou autres marques de luxe, elles avaient le regard vide et ne prêtaient aucune attention aux œuvres exposées, elles étaient plus occupées à se regarder entre elles ; de leur côté, les hommes parlaient assez fort quand ils demandaient les prix des œuvres. Bien sûr, il ne faut pas généraliser. J’ai trouvé aussi des vrais amateurs d’art qui reconnaissaient les travaux des artistes et qui regardaient avec attention chaque œuvre. Malheureusement ils n’étaient pas les plus nombreux. Après avoir passé quelques heures je me suis décidée à sortir une fois pour toutes, avant de crier des injures sur une des personnes déjà décrites. Ce qui me terrifia le plus c’était le manque de sensibilité devant le travail artistique et la constante « chosification » de l’art, de ne pas parvenir à le comprendre non pas par sa difficulté mais par simple négligence, par manque d’effort.

Après cette critique dérisoire sur la FIAC il faut remarquer que tout n’est pas à blâmer dans cet événement. Les activités qui se déroulent autour de la foire dans différents musées tels que le Centre Pompidou et le Louvre, de même que les activités hors les murs, sont assez intéressantes. Cette fois-ci je vais parler spécifiquement du cycle de performances qui s’est tenu à l’auditorium du musée du Louvre avec des artistes tels que Jérôme Bel, Simone Forti, Charlemagne Palestine et Joan Jonas. J’ai eu l’occasion d’assister à la performance de Joan Jonas Reanimation et c’était incroyable. Accompagné par un piano, par des textes et des projections de vidéo, la performance de Jonas fût pleine de lyrisme, une ode à la nature qui confronte le spectateur au passage du temps et aux rituels des nos ancêtres. Le travail de Joan Jonas est fort corporel et imprévisible, c’est un parcours dans lequel l’artiste se dénude entièrement devant nous, une catharsis qui nous transforme et qui la transforme.

Pour la prochaine FIAC cherchez les activités qui se font à côté et découvrez d’autres artistes, vous n’allez pas être déçus.

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