Five (2016) d’Igor Gotesman

Note : ★★★☆☆

Les salles obscures ont cette lourde tâche de nous divertir. Evidemment la définition de ce mot est propre à chaque individu. Pour les américains, cette notion de divertissement passe obligatoirement par le grand spectacle (les blockbusters). Quant à nous les français, l’amusement rime plutôt avec comédie et en ce moment, on ne va pas se mentir, le public est servi, avec l’étonnant Rosalie Blum ou le « feel good movie » La dream team.

Aujourd’hui, penchons-nous sur le long métrage Five. Dirigé par Igor Gotesman et mené par Pierre Niney (Yves Saint Laurent), cette comédie loufoque donne le sourire aux lèvres sans renouveler pour autant son genre…

Le film suit la vie de Samuel (Pierre Niney) et de ses 4 potes Julia, Vadim, Nestor et Timothée. Depuis toujours, ils rêvent de vivre en colocation. Un jour, leur désir devient réalité, et enthousiasme réellement le groupe quand Samuel se propose pour payer la moitié du loyer. Mais en réalité, Samuel ne doit sa fortune qu’à l’aide financière apportée par son père. Celle-ci a pour but de financer les études en médecine de Samuel. Cependant, ce dernier a décidé d’utiliser l’argent pour accomplir sa passion, qui est l’art dramatique. Lorsque son père le découvre, il lui coupe les vivres, et Samuel se retrouve vite sur la sellette. C’est ainsi qu’il décide de se reconvertir en vendeur d’herbe, chose qui lui causera de nombreux problèmes. Face à toute cette adversité, Samuel n’a d’autres choix que de se tourner vers sa seule famille : les amis

Igor Gotesman signe là sa première œuvre en tant que réalisateur, d’ailleurs il le fait en arborant la triple casquette de réalisateur-scénariste-acteur. On peut ressortir plusieurs points positifs à Five.

Commençons par le message véhiculé par le film. L’amitié en est le thème central, et nous voyons que ce sentiment peut pousser certains à prendre des décisions assez improbables. Ce renforcement est un peu à contre-courant des théories actuelles, disant que la génération Y est enfermée dans des relations virtuelles sans buts réels. L’union du groupe, mais aussi et surtout, la vraie amitié existant entre Pierre Niney, François Civil et Igor Gotesman prouve que, dans n’importe quelle situation, les liens affectifs ne sont pas qu’utopie et vont bien au-delà du matérialisme. Ainsi, nous voyons que la comédie s’applique à réaffirmer des valeurs universelles, et ne se limite pas à une simple succession de gags.

Le second message aperçu concerne les jeunes adultes, communément appelés « adulescents ». Samuel et sa bande ne représentent pas véritablement la jeunesse parisienne actuelle. En effet, ces 5 comiques sont plutôt aisés, font de l’art dramatique (domaine élitiste), ce qui est assez loin de la précarité de notre jeunesse. Cela ne les empêche pas d’avoir des préoccupations propres à notre condition humaine ; Ils ont peur de grandir, veulent faire la fête et profiter de la vie… Gotesman montre que même les jeunes héritiers sont fragiles, adeptes des délits et bercés par les stéréotypes (tout le monde aime les stéréotypes). Five est donc doté d’une psychologie intéressante, et se penche sur les problèmes connus par la future population française.

Mis à part ces messages, le film, en lui-même, offre un moment de détente aux spectateurs. Le scénario n’est pas révolutionnaire, mais il reste tout de même efficace et permet un meilleur enchaînement des situations comiques. La perception des blagues est subjective, toutefois l’ensemble ne tombe jamais dans l’exagération. Ainsi, on s’attache plus facilement aux protagonistes et les moments d’émotion jouissent d’une plus grande profondeur. La réalisation de Gotesman est marquée par plusieurs prouesses techniques (CinemaScope, plan séquences…), mais n’est pas assez poussée pour se démarquer.

Le dernier point positif touche les protagonistes et la performance des acteurs. Pierre Niney livre une belle interprétation qui peut être assimilée à l’évolution de sa carrière. Auparavant, Niney était spécialisé dans des rôles « graves » et, aujourd’hui il change complètement de registre, situation semblable à celle de Samuel qui est passé du statut de personne aisée à celui de délinquant. La mention spéciale revient à François Civil, dans le rôle de Timothée (membre du groupe). Son personnage est naïf et sincère, il en devient dès lors attachant. Les autres membres de la distribution restent en retrait, de ce fait, le titre Five n’est pas toujours légitime (le mot Two aurait sans doute était plus approprié).

En général, Five respecte globalement ses objectifs mais il n’est pas irréprochable.

Nous retrouvons plusieurs ressorts familiers, comme la voix off féminine, qui avec le temps commencent à devenir usants. De plus, les spectateurs peuvent être choqués par la cruauté de certains propos, parce qu’il ne faut pas oublier que les principaux consommateurs de comédies sont les familles, et non les jeunes adulescents (férus de cinéma d’action ou de cinéma d’auteur).

La banalisation de l’usage du cannabis montre l’ampleur de ce problème, qui est loin de n’être qu’une petite préoccupation (accès facile, consommation courante…).

Finalement, Five reste à la hauteur de ses ambitions. Il s’inscrit dans le flux de « feel good movie » actuel, et ne se fait pas passer pour une œuvre prétentieuse ou trop ambitieuse…

Les commentaires sont fermés.