French Touch

Si vous suivez les dernières découvertes d’artistes sur le site d’Art/ctualité vous avez sans aucun doute observé une sorte de fil rouge autour de la photographie et du mouvement. Cette semaine nous continuons notre odyssée sur ce thème, avec la très belle série de Jean-Yves Lemoigne : Chronophoto pour le magazine Black Rainbow (ou BKRW pour les connaisseurs).

Dans cette mise en scène majestueuse autour du corps et de ses déplacements dans l’espace, le photographe, par un procédé assez simple, offre au visiteur une nouvelle approche de la représentation du tennis. Loin des clichés sur les poses des joueurs, sur les émotions que l’on peut sentir sur un court ou sur la photographie sportive, il permet d’avoir un point de vue inattendu sur ce sport. Reprenant les codes de la chronophotographie qui permettent d’obtenir une succession d’images à intervalles réguliers, il déconstruit le mouvement des joueurs, et des balles, afin d’en extraire des trajectoires figées, et un rendu autant esthétique que scientifique. Ce geste, de quelques dixièmes de secondes, se retrouve alors décortiqué sur la pellicule. En somme, il autorise la vision de ce que l’œil humain est incapable de voir, à savoir la multiplicité des gestes faits à une certaine vitesse. Reprenant les bases de l’optique et l’effet phi, qui veut que le cortex visuel ne capte pas plus de 25 à 30 images par seconde, afin d’éviter un trop gros nombre d’impulsions lumineuses sur la surface rétinienne, les visuels du photographe permettent de voir l’invisible, ou plutôt ce qui nous échappe. En figeant ainsi l’image, sans la retoucher en post-production, nous suivons le déroulé complet de l’action en toute simplicité.
L’humain se dématérialise, petit à petit, pour n’être qu’une arabesque drapée de noir et de blanc, complètement immobile, ce qui nous donne une version presque « onirique » d’un geste sportif assez classique. Ici, le procédé est utilisé non pas pour corriger des erreurs, ou pour être une illustration des gestes à accomplir, comme l’on peut le trouver dans certains ouvrages, il a plus vocation à sauvegarder le temps, et à l’inscrire dans une réflexion artistique autour de la lumière, du corps et du mouvement. Parfois l’image est trouble, tempétueuse et instable, parfois elle est limpide et fluide, tout dépend du geste effectué : un revers n’aura pas le même déroulé qu’un service smashé, car les gestes sont radicalement différents. Chronophoto est une série très réussie qui nous offre un point de vue inédit sur un sport mondialement connu, et le talent de Jean-Yves Lemoigne n’y est pas pour rien. Ce photographe enchaîne depuis de longues années les succès auprès des plus grandes agences de publicité, avec des campagnes que l’on a tous vues au moins une fois : les publicités Perrier avec les objets fondant au soleil, la nouvelle campagne Axe avec la représentation de dangers imminents entre un homme et une femme ou encore celle de la Marine Nationale avec un civil au milieu de soldats. Méconnu du public, ce nom définit toute une série de visuels qui nous on fait rire et au moins sourire. Il se livre ici dans une série presque intimiste, complètement coupée de la visée commerciale.

Pour les fans et les non-fans (ça arrive), je vous conseille quand même son site qui regorge littéralement d’images tout aussi insolites qu’incroyables !

Site de l’artiste

Crédits photographiques : Jean-Yves Lemoigne

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