God Bless America

God Bless America est peut-être un des films les plus hypocrites et vicieux que j’ai eu l’occasion de voir depuis longtemps. La bande annonce et le synopsis nous proposent un film voulant dénoncer la bêtise de la télé-réalité américaine entre autre, de la déshumanisation des nombreux américains, nous assenant de grandes phrases telles que «comment peut on prétendre vivre dans une civilisation si l’on ne cherche plus à être civilisés?».

Ainsi, un homme d’une cinquantaine d’années et une pré-adolescente se décident à devenir les nouveaux Bonnie & Clyde d’une Amérique courant à sa perte, et ayant perdu toutes valeurs. Alléchant ! Cependant, dès les premières minutes un malaise s’installe- sous couvert de dénoncer ce qui est le plus incompréhensible aux Etats-Unis- la bêtise, l’absence de culture, la vulgarité, les héros y répondent par la violence, bête et aveugle, le gore; ainsi ils utilisent pour dénoncer ce qui selon eux est le pire, ce qui est à mes yeux le l’horreur de la société américaine, la banalisation de la violence, et l’attrait pour cette dernière. On pourrait penser que cette violence à outrance comporte elle même un message, mais non, les héros ne font que s’enfoncer dedans, sans remettre une seule fois en question leur méthode. Cette sensation de malaise s’est accrue pour moi lorsque j’ai compris que le seul ressort comique du film se basait sur les extraits d’émissions de télé réalités- c’est en effet le seul moment où toute la salle -pleine- éclatait de rire. Je me demande donc quel est le but de ce film; dénoncer cette vulgarité, l’absence de pudeur, tout en faisant rire de ça ?

En effet, les seuls rires dans la salle étaient provoqués par la diffusion en boucle d’un extrait de l’équivalent d’«American popstars», où un garçon un peu simplet était tourné au ridicule à répétition. Ainsi ce qu’ils dénoncent, par la façon dont c’est filmé, est ce qui fait rire les spectateurs, nous forçant à intégrer cela comme quelque chose de “drôle”: ils font rire les spectateurs de la télé-réalité qu’ils dénoncent, les forçant ainsi à se rendre complices de la bêtise et de la cruauté de ces émissions.

Ce film est donc pour moi non seulement mal fait -aucun plan n’est cinématographiquement beau, la mise en scène est très conventionnelle- mais de plus vicieux; ce film nous dit que, finalement, afin de répondre à l’abêtissement d’une civilisation, la seule solution serait de tuer, aveuglément, sans réfléchir, sans éprouver le moindre remord. Pire même, que non seulement ce film est vicieux, mais le plus dangereux: sous couvert de critique des Etats Unis -le grand thème en vogue en ce moment- il glorifie la violence, et la fascination du gore, sans se remettre en question, et en entrainant le spectateur dans l’acceptation de cette fascination et de cette violence, mettant finalement le spectateur au même niveau que ces personnes «méritant d’être tuées». Et le spectateur, en riant devant ces télé-réalités accepte d’être relégué à ce rang, et accepte la réponse que le réalisateur propose à la bêtise, qui est une bêtise encore plus grande, la violence gratuite, et la jouissance de cette dernière. Il y a donc là une terrible perversion, puisqu’ils n’ont rien d’autre à proposer que de porter à l’extrême les horreurs que produit cette société.

 

Sophie

Les commentaires sont fermés.