Guy Yanai x Galerie Derouillon : Diary

Né en 1977 à Haïfa en Israël, Guy Yanai , notre artiste du jour vit et travaille à Tel Aviv tout en parcourant le monde pour ses projets artistiques. Après un cursus universitaire exemplaire aux Etats-Unis l’artiste expose désormais à Turin, Los Angeles, Boston, New-York et Paris, lieu de sa dernière étape.

Nous avons eu la chance de l’apercevoir lors du vernissage à la Galerie Derouillon où il se prêtait avec une attention et une bonne humeur toute particulière, au jeu des questions des visiteurs. Pour une première exposition parisienne, Guy Yanai nous offre un journal intime géant, fruit de ses nombreuses recherches lors de son séjour à la Fondation Villa Lena en Toscane à l’automne 2014. Grâce à Stéphanie Darmon, nous avons eu le privilège de consulter le catalogue de l’exposition pour vous donner quelques informations inédites sur ce travail surprenant, déstabilisant et très personnel.

Imaginez des flashs de souvenirs, des images gravées dans votre esprit, des images intimes qui racontent votre histoire, le tout sur des formats et un traitement identique. Imaginez enfin la matérialité de votre pensée, collée sur une toile à tout jamais. Ce fut le souhait de Guy Yanai, de capturer ses souvenirs pour les sortir de leur nébuleuse spirituelle. Véritable adepte de sa routine d’artiste contemporain il a pu cependant prendre un léger recul dans le délicieux cadre toscan que lui offrait la Fondation Villa Lena. Au milieu des vignes et des oliviers, des pins et des palmiers chauffés par le soleil italien, il a pu se concentrer sur l’essence même de certains souvenirs, mais aussi de ce qui l’entoure et ce qui le touche. Blog, photographies, cinéma, musique, littérature, tout ce qui possède un lien avec le sens de l’observation et de la perception peut être une amorce de relation entre l’œuvre initiale et le traitement de l’artiste. Maître jusqu’au bout de ses œuvres, il les nomme avec attention, jouant avec l’humour et un pragmatisme déconcertant. Moments parfois douloureux, évoquant une solitude à peine palpable, ces images montrent aussi une part de la fragilité de l’artiste, une identité commune entre l’image d’origine et la réappropriation du peintre. Mais la part la plus intéressante de son travail, est sa manière de voir l’œuvre et de la travailler.

Ici, ce ne sont pas simplement des panneaux recouverts de peinture, ce sont des objets en relief, où la masse picturale s’impose d’elle-même à nos yeux, en trois dimensions. Capté ainsi par cette matière, notre esprit s’active, recherche, fouille à son tour dans notre inconscient pour retrouver ces fragments d’images éparpillés. C’est par la matérialisation de ses souvenirs – que l’on peut croire exclusivement personnels- que l’on s’aperçoit que nous partageons une sensibilité commune, une sorte de patrimoine mémoriel commun autour des œuvres, car nous les reconnaissons assez aisément et c’est en cela que le travail est génial. Encore une fois, il faut réfléchir et s’interroger, ici la lecture de l’œuvre n’est pas « gratuite », elle s’élabore au fil des secondes devant les toiles, pour à la fin devenir d’une clarté presque rassurante. Une exposition à découvrir rapidement pour les amateurs de peinture contemporaine et pour les collectionneurs qui trouveront dans le travail de Guy Yanai un investissement solide comme le marbre de Carrare.

Exposition Diary, du 13 Novembre au 20 Décembre 2014, Galerie Derouillon, 38 rue Notre-Dame de Nazareth, 75003 Paris.

Crédits photographiques : Galerie Derouillon / Guy Yanai

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