Habana Taxi Club

 

Depuis quelques semaines les tensions entre les Etats-Unis et Cuba tendent à s’amenuiser et c’est une heureuse nouvelle. Ainsi les touristes et les hommes d’affaires se préparent déjà à réinvestir la petite île des Caraïbes, et la situation sur place va en s’améliorant. Mais ces bouleversements futurs ne risquent-ils pas de changer l’identité locale ? Avant que cela n’arrive, le photographe allemand Thomas Meinicke s’est plongé dans l’univers intemporel de la Havane pour photographier un des plus anciens mythes du cru, les taxis.

Mis en place le 7 février 1962 par l’Organisation des Etats Américains, le plus long embargo du monde a littéralement coupé Cuba des innovations technologiques les plus basiques, et c’est le cas des voitures. Ainsi sur-place, les modèles que l’on peut observer datent (presque tous) des années 50-60 et sont devenus, au fil du temps, un des emblèmes de la république communiste. Passant de mains en mains et ce depuis des générations, ces antiquités portent les stigmates physiques du bricolage incessant dont elles ont fait l’objet : désossées, repeintes, patinées par le sel et l’humidité, modifiées et j’en passe. Ici chaque véhicule est un modèle unique dans la Création, il contient une carrosserie venant de Détroit, un moteur de Smolensk, des rétroviseurs argentins et le plus souvent 2,5kg de cendres de cigares entre les sièges. Et voilà comment les touristes peuvent revivre la joie d’une balade du temps de la révolution, le long du littoral sans ceinture de sécurité, sans climatisation et avec une radio rapportant les discours fleuves des cadres du Parti Communiste, le tout pour 5 pesos cubains. Derniers représentants d’une époque révolue, ces pièces de musées issues des usines « impérialistes » occidentales sont devenues, avec la production des barreaux de chaises hors de prix, une des attractions de l’île.

Thomas Meinicke a su du haut de son balcon faire ce que l’on pourrait appeler des « photographies d’identité » de ces voitures. Attendant patiemment que l’une d’entre elles se présente sous sa fenêtre, il se tient prêt à mitrailler la rue lorsqu’il entend au loin le vacarme d’une Chevrolet, ou d’une Lincoln, roulant à l’éthanol et au sucre de canne. Isolant l’objet de ses recherches sur un fond noir, il en fait des cartels muséographiques muets, pour mettre en place une exposition virtuelle d’un projet impossible à matérialiser. Car ces voitures roulent encore et sont l’outil de travail de nombreux cubains, qui ne s’en sépareront probablement jamais, même avec une cote Argus ultra favorable. Préparant le futur de Cuba, il prélève et dans un certain sens protège, ces beautés désuètes des changements technologiques.
Faites un tour sur son site pour observer le reste des visuels qui sentent bon le rhum et les embruns salés des Antilles.

Site de l’artiste
Crédits photographiques : Thomas Meinicke.

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