Habib Osmani : la cité en vers et souvent contre tous

Habib Osmani a changé de décor. Dans Petits poèmes roses pour le troisième millénaire et aphorismes pour la banlieue, il témoigne et se souvient au fil des pages de son recueil. Il est un échappé de la cité, un évadé des blocs de béton et d’un engrenage dont il est difficile de s’extraire. Il a fui le déterminisme social et les fléaux de la jeunesse, il a coupé les ponts avec ses attaches, sans aucun regret. Cet exil n’est pas naturel et il ne le nie pas.

« Années quatre-vingt, Acculturation
Quand on a une culture,
On a une façon de voir le monde,
Une identité,
Une langue,
Une nation,
Une odeur,
Une propriété,
Ou plutôt
Son sentiment,
Quand on a deux cultures,
On sait seulement
Que le monde est une illusion. »

Né à Paris en 1963 de parents algériens, Habib Osmani est licencié en linguistique et en lettre modernes, titulaire d’un diplôme de guide Interprète National. Aujourd’hui guide-conférencier, il réside à Vitry-sur-Seine, ville de banlieue, capitale mondiale du Street-art depuis que l’artiste Christian Guémy, alias C215, y a invité les grapheurs les plus talentueux du globe en 2006.

En ce qui concerne ses projets parallèles, il multiplie les séances de lecture, notamment à l’occasion du printemps des poètes avec un objectif simple : être le géniteur du métissage entre poésie et Street-art. Le texte et l’image s’accouplent au sein du mouvement Hip-Hop grâce à sa collaboration avec de nombreux artistes.

Dans son recueil, il n’est pas question de vie personnelle, s’il n’a jamais adhéré aux valeurs de la cité, sa plume n’est que le porte-étendard de l’empathie. Il ressent, témoigne et privilégie la mémoire. Il s’agit de raconter une histoire par le prisme de l’identité, et tout cela dans un ordre chronologique, en référence à la mémoire des années passées. C’est un conte « de l’ordre du non-dit et du refoulement » pour reprendre ses propres termes, et c’est parce que la cité est cauchemardesque qu’il l’illumine de rose, afin que cette vision pessimiste, et assumée, se métamorphose en rêve.

Membre du cercle des poètes de la néo-négritude, Habib Osmani veut être « le témoin de son temps », et quitter la cité lui a permis de bénéficier du bagage culturel nécessaire pour la mettre en mots. Son livre est un enfer amplifié, les visions négatives s’enchainent, « l’ascenseur social ne peut pas descendre dans la cité ».

Petits poèmes roses pour le troisième millénaire, et aphorismes pour la banlieue, est disponible dans de nombreuses bibliothèques universitaires, et notamment celles de La Sorbonne Nouvelle et de Harvard. Le souvenir de la Guerre d’Algérie laisse place aux réflexions sur le racisme, mais également à une multitude d’énumérations qui sont déconstruites, fracturées en fin de page, tel un coup de théâtre.

Le recueil d’Habib Osmani se grignote quotidiennement. Le lecteur pénètre dans son univers, et, comme s’il fallait partager les maux de la cité, se shoote au poème avant de refermer le bouquin. Il a eu sa dose, la prochaine est pour demain soir.

Crédit Photo : vitry94.fr

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