Hardcore Henry (2016) d’Ilya Naishuller

Note :

Fin Octobre 2005, il est temps pour le film Doom de sortir dans les salles obscures. Malheureusement, l’adaptation du jeu vidéo éponyme ne trouvera pas son public. Descendu par les critiques et la communauté geek, cette espèce de « survival movie », mené par Dwayne Johnson et Karl Urban, sera un naufrage financier (28 millions de dollars au box-office pour un budget de 70 millions de dollars !). Malgré tout, une séquence est restée gravée dans les mémoires. Pendant 5 minutes, la caméra passe en vision subjective afin de nous immiscer dans les yeux du personnage principal. Avec le temps, cette séquence sobre et efficace est devenue une référence concernant le genre FPS (jeu de tir à la première personne) au cinéma.

11 après, c’est le jeune réalisateur russe Ilya Naishuller qui s’attaque à ce style de vision. Avec Hardcore Henry, Naishuller délaisse l’habituelle adaptation pour nous offrir un divertissement basé sur un scénario original et rempli d’audace. Mais est-ce que cette frasque technique et visuelle réussit son pari ? La réponse est quelque peu mitigée…

Avant d’entrer dans l’analyse, faisons un point sur le pitch.

Harcore Henry nous plonge dans la peau d’Henry. Dès le début, il apprend par sa femme qu’il a été ramené à la vie et qu’il est désormais un semi-cyborg. Alors qu’il est encore sous le choc face à ces révélations, Henry est tout de suite témoin de l’enlèvement de sa bien-aimée par un tyran nommé Akan. Ayant comme unique soutien un dénommé Jimmy, Henry devra user de ses compétences pour arrêter un ennemi aussi puissant qu’inattendu. Sur le papier, la tâche semble insurmontable, mais quand à cela s’ajoute une horde de mercenaires et un Moscou hostile, il n’y a que l’espoir et la détermination qui peuvent le sauver…

La première chose à retenir est l’aspect esthétique. On ne va pas se mentir, les âmes sensibles doivent s’abstenir. La violence est la composante principale du film et quand on parle de violence, il s’agit de sang, de fusillades, de combats en tous genres… Avec Naishuller, on retrouve ce goût pour les couleurs que possède monsieur Quentin Tarantino. Nous sortons de la violence stigmatisée et minimisée des traditionnels blockbusters américains, pour retrouver la cruauté très présente dans les productions asiatiques. De plus, il y a une notion de renversement des codes. Usuellement, les intrigues doivent s’aligner avec les règles strictes du septième art. Ici, on a l’impression que via la violence, mais aussi l’humour, Hardcore Henry impose les schémas classiques du jeu vidéo au cinéma.

Ce qui nous mène au deuxième point intéressant du film qui est le second degré. Contrairement à la tension dramatique peu poussée, et incompréhensible de Doom, Hardcore Henry assume son côté fun et décomplexé. Le synopsis n’est rien de plus qu’un « revenge movie » basique. Les séquences d’action se retrouvent dès lors plus intenses et tout simplement jouissives.

Cependant ce deuxième degré est aussi un handicap pour le film. Plus généralement, il y a ce mystérieux lien existant entre le cinéma et le monde virtuel des jeux vidéo.

La saga Call of Duty a ce don génial de rendre hommage au cinéma à travers des séquences fidèles et précises, glorifiant avec style le matériel d’origine. Dans le sens inverse, on est en droit de s’interroger pour savoir si les jeux vidéo sont réellement adaptables à l’écran. Depuis plusieurs années, les multiples adaptations riment avec échec, on peut donc comprendre le scepticisme des fans quand ils ont appris que Warcraft et Assassin’s Creed se retrouveraient dans les salles. Sans doute la question de l’interactivité est le problème crucial. Quand on joue à n’importe quel FPS, on prend notre pied car on influe directement sur l’histoire. Dans Hardcore Henry, le spectateur suit Henry et subit le cours des événements. A cela s’ajoute le fait que notre protagoniste ne parle jamais, ce qui donne la sensation d’être dans la peau d’un second couteau, qui n’a pour seul but : tuer. Le sentiment de frustration prend vite le pas, surtout dans les scènes des dialogues. L’audience se sent inutile et ne sait pas vraiment à qui, ou à quoi, elle doit s’attacher.

Nous terminerons avec le challenge de Naishuller qui était d’entamer la réconciliation entre jeux et films. Au final, Hardcore Henry ne remplit pas sa mission. Même si l’image est fidèle, il y a une sensation de cercle vicieux avec pour but de faire défiler les scènes d’action. Le film ne semble pas avoir de fond, or, on sait très bien que notre cher septième art trouve sa force dans l’équilibre entre scénario, acteurs et réalisations. Ne faisons pas de généralités trop rapides, mais, on doute que le FPS est voué à rester sur nos consoles de salon.

Pour conclure, Hardcore Henry est une belle expérience, surtout si vous êtes fans de FPS ou de found footage. Par contre d’un point de vue psychologique et performance d’acteur, le film reste plat et sans but clairement définissable. En tout cas, il s’agit d’une nouvelle raison pour les créateurs de Call of Duty de ne pas adapter leur bijou au cinéma…        

Les commentaires sont fermés.