Hommage à Edmonde Charles-Roux, femme de lettres et résistante

La romancière s’est éteinte le 20 janvier dernier à l’âge de 95 ans dans une maison de convalescence à Marseille, entourée de ses proches. Toute sa vie, elle oeuvra pour la culture, la littérature et les arts.

Impossible de ne décerner qu’un seul attribut à Edmonde Charles-Roux. Tour à tour résistante, journaliste, romancière, présidente de l’Académie Goncourt, ambassadrice des arts dans sa ville de prédilection, Marseille, elle ne cessa tout au long de sa vie de virevolter dans l’univers de la culture pour le sublimer et l’amener à se dépasser. Certains ont tenté de justifier cette vie bien remplie par son enfance marquée par de nombreux séjours à l’étranger, propice à son ouverture d’esprit. Née en 1920 à Neuilly-sur-Seine dans une famille de riches armateurs marseillais, elle passe en effet sa jeunesse entre Saint-Pétersbourg, Istanbul, Le Caire et Rome. Mais son parcours si dense et si riche ne peut être que le fruit de l’esprit d’une femme d’exception.

De la résistance à la rédaction en chef de Vogue

Alors que la Seconde Guerre Mondiale fait rage, elle n’hésite pas à endosser le costume de résistante, sous couvert de sa fonction d’infirmière de la Croix-Rouge. Elle est même nommée par le général de Lattre de Tassigny à son état-major lors du débarquement des troupes françaises en Provence. Blessée en 1940, elle est décorée de la Croix de Guerre et de la Légion d’honneur en 1945. La Libération passée, la paix revenue, elle s’engage dans le journalisme et fait ses premiers pas dans la rédaction du tout jeune hebdomadaire féminin Elle. Quelques années plus tard, elle devient rédactrice en chef de l’édition française du magazine Vogue. Elle en sera pourtant licenciée en 1966 pour avoir imposé une mannequin noire en couverture.

Qu’à cela ne tienne, Edmonde Charles-Roux se tourne vers une carrière d’écrivain. Elle reçoit rapidement le prix Goncourt pour son premier roman, Oublier Palerme, en 1966. C’est d’ailleurs à cette époque qu’elle rencontre le maire de Marseille Gaston Defferre, son futur mari, qu’elle épouse en 1973. S’ensuivront d’autres publications, telles qu’Adrienne en 1971 et L’Irrégulière en 1974. En parallèle de la rédaction de ses ouvrages, elle oeuvre pour l’ouverture culturelle de Marseille, en faisant notamment doubler le budget alloué à la culture dans la ville. Elle aurait également participé à la création du théâtre la Criée et des Ballets de Marseille. Elle devient membre de l’Académie Goncourt en 1983, et en prend la tête en tant que présidente à partir de 2002. Sa santé déclinant, elle cède son siège le 7 janvier dernier au dramaturge et metteur en scène Eric-Emmanuel Schmitt.

Une pluie d’hommages

Son décès a vivement ébranlé la scène culturelle française. De nombreuses personnalités ont tenu à s’exprimer pour rendre hommage à sa mémoire, à commencer par l’actuel directeur de l’Académie, Bernard Pivot, sur son compte Twitter : « Edmonde Charles-Roux : courage physique, courage intellectuel, cosmopolitisme, talent d’écriture, ouverture d’esprit, charme et beauté ». D’autres, tels que Régis Debray, qui siégea avec elle au sein de l’Académie, ne tarirent pas d’éloges à son sujet : « Etre à la fois directrice de Vogue et caporal de la Légion étrangère, c’est un court-circuit assez rare ». Edmonde Charles-Roux a été inhumée au cimetière Saint-Pierre dans le 5ème arrondissement de Marseille, aux côtés de son mari décédé en 1986.

Crédit photo : © Frédéric Charmeux / Photo La Dépêche du Midi / MaxPPP

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