Horns (2014) d’Alexandre Aja

Qu’il est difficile aujourd’hui de faire une proposition de cinéma d’horreur qui soit à la fois subversive, radicale et véritablement totale. Il paraît déjà bien loin le temps où l’on découvrait le surprenant The Descent (2005) de Neil Marshall ou le dernier bon film de Sam Raimi (Jusqu’en enfer (2009)). L’année dernière, l’étonnant Mama (2013) d’Andres Muschietti, confirmait une certaine tendance du cinéma d’horreur occidental : alors que les productions hispaniques ont su développer un ‘’style’’, allant chercher dans le fantastique des idées visuelles et une dimension lyrique ; le cinéma américain, avec en tête de proue le cinéaste James Wan (propulsé génie du film d’horreur après les cartons successifs de la saga Saw, The Conjuring, Insidious…), est resté à un stade faussement élaboré et sans grande ambition formelle, où des images, depuis longtemps éculées, se contentent de reproduire le même programme d’un film à l’autre.

Si les films d’Alexandre Aja (La colline a des yeux (2006), Piranha 3D (2010)) sont souvent des propositions alléchantes en terme de cinéma de genre régressif et serialesque, et qu’elles découlent également d’une réelle passion et d’un respect immense pour les maîtres du genre (Tobe Hooper, John Carpenter, Wes Craven…), elles n’en restent pas moins toujours décevantes. Horns (2014), comme les précédents films, ne parvient pas à convaincre pleinement, et pourtant il possède des qualités indéniables : Daniel Radcliffe, sa production design (la ville et la forêt ont une vraie dimension esthétique) et son humour noir (les scènes perverses où les gens laissent libre cours à leur pensée). Mais le film pêche par sa structure bancale : les nombreux flashbacks nuisent terriblement au rythme du film, qui finit par se perdre dans un final convenu (et totalement grotesque) du plus mauvais goût (car à contre-courant du reste du film). Les personnages secondaires (les amis, la famille) sont très mal interprétés (David Morse, Max Minghella, Heather Graham, Joe Anderson) ou bien mal dirigés, et la plupart des scènes dites ‘’d’horreur’’ sont visuellement hideuses et assez quelconques (cf. Ig que se venge de son frère) ; des éléments qui semblent logiquement imputables au travail d’Alexandre Aja.

Si Aja connaît à l’évidence le cinéma de genre, il est encore loin de le maîtriser pleinement pour pouvoir en proposer une idée intelligente et novatrice, mais il a le mérite d’essayer (rares sont les cinéastes à pratiquer essentiellement ce genre de film), et prouve, avec Horns, qu’il est définitivement sur la bonne voie.

 

 

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