Hostie artistique

Avec l’arrivée de Noël c’est l’occasion pour certains d’entre nous, de faire un petit tour à l’église pour la messe de minuit, de chanter fort et faux, emmitouflés dans trois parkas et deux pulls. Bon dit comme ça, c’est vrai que, ça fait un peu vieux jeu, du coup en pensant à ceux qui ne sont pas chrétiens, ceux qui s’en cognent et ceux qui veulent se faire une sortie sympa j’ai une solution. Direction Paris et l’église Saint Eustache de la rue Rambuteau (les Halles TMTC !) pour venir admirer l’installation de Leonora Hamill : Furtherance.

Le père George Nicholson étant plutôt du genre open, il a donné carte blanche au groupe Rubis Mécénat, pour une installation vidéo de l’artiste dans son église. Grâce à l’esprit affûté du cerveau du groupe, Lorraine Gobin, qui est à l’origine de l’esprit de ce grand mécène, c’est un excellent moyen de brouiller un peu les codes d’exposition et, de faire venir dans un lieu de culte un public différent de l’habituel, et surtout plus jeune, pour créer une sorte de « cohésion sociale ». L’installation, en elle-même, est une projection sur les huit vitraux de l’église donnant côté Halles, de plusieurs séquences filmées représentant des vues de l’intérieur de l’église réinterprétées par l’artiste. Cette mise en abîme est savamment orchestrée par une recherche presque anatomique sur l’essence de l’église, à savoir : l’architecture, la lumière, les personnes, les motifs qui la composent et….un cerf. Oui un vrai cerf a été filmé, déambulant paisiblement au milieu du chœur. Seconde mise en abîme (c’est Inception cette installation) car le cerf est l’emblème de Saint Eustache, un général romain qui n’avait qu’une passion dans la vie : la chasse. Sauf qu’un jour avant de jeter son pilum bien street-cred sur un cerf, il voit apparaître un crucifix entre les bois de celui-ci. Ni une, ni deux, plus de javelot et conversion immédiate au christianisme.

La vision improbable de ces images sur les vitraux crée un sentiment de déconnexion et un fossé majeur entre le chaos de la rue et la quiétude de l’église. Par les motifs choisis, les plans (contre-plongées, plongées) et par ce cerf, aussi improbable que majestueux. Tout s’oppose donc mais tout se complète : le bruit et le silence, l’ordre et le caractère sauvage de l’animal, la pierre et les hommes, le sacré et le profane. Sous la pluie ou grelottant de froid, les gens s’arrêtent et assistent, avec une stupeur non dissimulée, à la beauté de la mise en scène.

Cette installation/projection est produite tous les jours jusqu’au 18 janvier 2015, donc entre deux séances de shopping, faites un détour à Saint Eustache pour y jeter un œil ! Si vous êtes trop busy, allez sur le site de Leonora Hamill pour découvrir la richesse de son travail et les visuels de son installation parisienne.

Durée des vidéos : 8min 26s.
Crédits photographiques : Leonora Hamill
Site de l’artiste

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