Immersion en terre chamane au musée du quai Branly

Pour ses dix printemps, le musée du quai Branly démarre la saison 2016 des expositions archéologiques par « Chamanes et divinités de l’Equateur précolombien ». Après « L’Inca et le Conquistador », on reste une nouvelle fois sur la présentation des arts sud-américains avec un accent mis sur les récentes découvertes archéologiques en Amazonie occidentale équatorienne. Plus habitué à l’or des Incas ou aux sacrifices rituels des Mayas, le visiteur sera probablement enchanté et surpris par l’extraordinaire modernité des pièces présentées. Evidemment, on vous fait visiter !

Une exposition inédite

L’exposition « Chamanes et divinités de l’Equateur précolombien » se veut unique de par son ampleur. Plus de 265 œuvres, des céramiques principalement, sont exposées au public grâce aux prêts inédits des quatre musées nationaux équatoriens (le Museo Nacional à Quito, le Museo Esmeraldas et le Museo Antropológico y de Arte Contemporáneo à Guayaqui et le Museo de Bahía), avec notamment certaines pièces présentées pour la première fois en France. Ainsi, le musée parisien offre au public une immersion totale dans le monde si particulier des esprits de l’Equateur précolombien, en mettant l’accent sur la figure du chamane, qui se veut être toujours aussi importante dans la culture équatorienne contemporaine.

4 cultures sont mises à l’honneur, celles principalement de la côte pacifique du pays qui se sont succédées de 1 000 av. J-C jusqu’à 500 ap. J-C : Chorrera, Bahía, Jama-Coaque et Tolita. Un extra supplémentaire avec la culture Mayo Chinchipe-Marañón de Haute-Amazonie, puisque ce sont sur les sites archéologiques de cette dernière qu’ont été découvertes les traces les plus anciennes de chamanisme, datées de plus de 5 000 ans.

Artctualité - expo chamanes

Récipient en forme de jaguar bicéphale, Culture Jama-Coaque / © Musée du Quai Branly, photo Christoph Hirtz

C’est bien beau tout ça, mais un chamane c’est quoi ?

Eh bien, l’exposition vous dévoilera tous les secrets de ce pilier des sociétés équatoriennes. Personnage fondamental, véritable lien entre la société terrestre, le monde céleste et l’inframonde, guérisseur, chasseur, prêtre, astronome ou encore leader politique, le chamane est, encore aujourd’hui, indispensable à l’organisation sociale.

A travers quatre grandes parties, l’exposition scénographiée par Marc Vallet (« Kanak, l’Art est une parole »), se veut tout d’abord une présentation de ce passeur de traditions qui représente à lui seul, les forces surnaturelles.

Après un prologue sur le contexte chamanique dans l’Equateur précolombien, le spectateur découvre l’importance et le rôle de la cosmogonie chamanique, ainsi que sa division en trois mondes distincts. Au centre de ces représentations, la Nature évidemment. La Terre principalement nommée Pacha- mama, essentielle et indispensable à la survie humaine, mais aussi les animaux ou les créatures mythiques qui symbolisent la combinaison des trois mondes. C’est la raison pour laquelle certains d’entre eux sont anthropomorphes comme l’Homme-Jaguar. D’autres, de par leurs combinaisons, symbolisent l’homme éveillé qui a développé les qualités de certains animaux comme le serpent (symbole de la fertilité masculine). Un véritable coup de cœur pour cette première section où sont présentées des céramiques, non seulement en parfait état de conservation, mais qui révèlent également une maîtrise technique des artisans et une incroyable modernité esthétique.

Les sections suivantes mettent l’accent sur le savoir du chamane, un savoir sacré. Chaque chamane détient des connaissances et ils se complètent. Le visiteur découvre l’importance des parures (coquillages, perles, clous faciaux ou l’or qui symbolise la force vitale du cosmos), de la méditation avant chaque cérémonie, liée à l’utilisation de plantes sacrées comme le tabac ou la coca qui n’ont pas les mêmes effets psychiques et sont alors choisies en fonction de la vision désirée.

Viennent ensuite les lieux de culte. Ces derniers dépendent de la connexion qu’ils peuvent offrir entre la terre, le ciel et l’inframonde. Des monticules de terre sont ainsi surmontés de temples et se veulent être un point intermédiaire des mondes en servant aussi de lieux d’offrandes.

L’avant-dernière section valorise le savoir-faire du chamane, savoir lié aux rituels et célébrations qui ponctuent le calendrier ancestral : initiatiques, sacrificiels, propiatoires, guérisseurs ou encore funéraires les rites sont une nécessité pour consolider la structure et la pensée sociale. Chaque rite est conduit par un chamane particulier qui détient alors le savoir lié au « faire ».

Récentes découvertes

Enfin, l’exposition se termine sur les récentes découvertes effectuées dans les hautes terres amazoniennes dans le sud du pays. Une importante découverte fut celle de l’utilisation du cacao, en lien évidemment avec la domestication de la plante. Ces fouilles ont alors révélé une société complexe existante depuis le Formatif ancien (dès 3 000 av. J-C). De plus, elles ont apportées les preuves matérielles du chamanisme et de centres cérémoniels.

Cette très riche exposition où l’on regrette cependant le manque d’explications sur les lieux précis des sites où ont été découverts les objets, doit absolument être complétée par la présentation de photographies choisies par Lucia Chiriboga, Directrice de l’Institut National du Patrimoine de l’Equateur. 24 tirages en négatifs (accompagnés de reproductions positives pour une meilleure compréhension), sont exposés sous le titre « Patrimoine photographique équatorien (1900-1930) » et présentent le peuple Shuar sous les regards divers des photographes. Démonstration de l’activité missionnaire des prêtres salésiens, ou préparation pour la chasse d’Indiens Shuar, ces clichés se dévoilent comme de véritables pièces archéologiques.

Vue de l’exposition / © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

Vue de l’exposition / © musée du quai Branly, photo Gautier Deblonde

Des idées pour compléter la visite

Comme à son habitude, le quai Branly accompagne ses expositions d’évènements culturels. Une soirée dans le cadre des BeFore  du musée aura lieu vendredi 26 février. Au programme, de la musique, un ciné-concert ainsi que des performances qui plongeront le visiteur en pleine forêt amazonienne. On vous recommande surtout la rencontre qui se tiendra samedi 27 février dès 17h au salon de lecture Jacques Kerchache sur le thème « Le chamanisme amérindien aujourd’hui » avec Francisco Valdez, archéologue  et conseiller scientifique de l’exposition et Jean-Pierre Chaumeil, directeur de recherche émérite au CNRS. Un autre rendez-vous aura lieu le 28 avril à 19h, également au salon, en présence de Jean-François Bouchard, archéologue et directeur de recherche au CNRS sur le thème « Le chamanisme dans les cultures précolombiennes des Andes équatoriales et septentrionales ».

Un beau programme en perspective pour découvrir la culture équatorienne jusqu’au 15 mai prochain !

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