Inside – Palais de Tokyo

Pour continuer de rendre hommage à l’art contemporain, je me suis rendue à la dernière exposition qui se tient au Palais de Tokyo, un des lieux symboliques de l’art contemporain à Paris, on parle du projet Collective Inside.

Cette exposition propose un parcours insolite où le spectateur est amené de la main à découvrir un monde de rêves, à découvrir une mise en scène qui joue avec nos capacités cognitives et qui représente un défi pour nous, spectateurs.
Tout le parcours commence avec la forêt en carton d’Eva Jospin, un début qui nous plonge d’avantage dans une atmosphère mystérieuse. On découvre ensuite une chambre étrange par la perspective qu’elle projette, lorsqu’on voulait traverser l’espace, on ne savait pas quoi faire puisqu’un effet de miroir est mis en place, on attendit quelques minutes pour finalement continuer de marcher et briser la frontière, de rompre l’effet de l’œuvre de Marcius Galan. Une grotte qui renvoie au mythe de la caverne, aux peintures rupestres, décore toute une chambre, c’est l’œuvre de Marc Couturier, Troisième Jour qui nous plonge dans un temps ancien et archaïque, le dessin à première vue semble un paysage mais si l’on regarde de plus près on se rend compte que c’est uniquement un dessin qui transpose le geste de l’artiste, un geste mécanique qui ne suit aucune logique. A ce stade de l’exposition on est déjà totalement immergé dans un autre monde, l’extérieur est impénétrable et oublié, seul compte notre expérience et les œuvres auxquelles on est constamment confronté. À partir de ce moment le rythme de l’exposition est instauré, on comprend que la surprise est chose courante dans cette sphère d’art, les œuvres sont différentes entre elles, les noms des artistes abondent (au total 30 artistes sont exposés) mais un lien se tisse peu à peu. L’exposition nécessite la participation de chaque spectateur, que ce soit de manière physique ou mentale, chaque œuvre dans sa particularité provoque une nouvelle sensation, des nouveaux questionnements qui remuent chaque fibre de notre corps ; elle est un voyage profond dans la psyché humaine, une psyché qui se dévoile, qui se dénude devant nos yeux. L’escalier en colimaçon qui descend est une métaphore de la catabase, motif chéri dès l’antiquité grecque et dans la littérature – dans les récits de James Joyce et Céline par exemple – un motif qui nous mène physiquement et mentalement dans le fond de la pensée humaine.

Inside explore les peurs, la culpabilité, le regret et toutes ces sensations qui font de l’homme un être aussi étrange que fascinant, par exemple avec l’œuvre de Valia Fetisov, Installation of Experience, l’artiste place le visiteur au centre de sa création, ce n’est plus l’œuvre en soit qui attire les regards mais toute la situation qui est provoquée, le spectateur devient œuvre, la chambre est close, on est regardé, il faut sortir, on est jugé par tous, on est pointé du doigt, visiblement pour Fetisov l’enfer ce sont les autres. Les barrières ne sont plus les mêmes, j’ai demandé plusieurs fois la permission du gardien pour pénétrer les espaces, pour les parcourir, car l’espace muséal n’est plus un espace restreint mais un univers qui offre beaucoup de possibilités, ce qui me fit penser à l’exposition de Pierre Huyges au Centre Pompidou qui s’est déroulée l’année dernière.

Une fois de plus, le Palais de Tokyo bouleverse et étonne par son « avant-gardisme », par sa capacité à se recréer tout en restant pertinent, chose fort difficile à atteindre avec l’art contemporain, une exposition qui est un voyage interne et qui nous change constamment. Inside reste une exposition à voir plusieurs fois, une exposition qu’il ne faut pas rater cette saison.

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