Interview de Nicolas Hugo – Galerie Nicolas Hugo, 60 rue Monsieur Le Prince, Paris 6ème

La Galerie Nicolas Hugo est un peu particulière. Pas de vitrine donnant sur la rue, mais un petit espace d’exposition de 30m2 dans un appartement du 6ème arrondissement de Paris.

Pour y accéder, il faut prendre rendez-vous, il vous attendra en bas de son immeuble, avant de partager avec vous un ascenseur très étroit. On entre dans sa Galerie comme l’on entre chez un ami qui nous ferait visiter son appartement. Sauf qu’ici, au lieu d’une décoration “made in” Suede, on découvre un ameublement réduit au strict nécessaire et des dessins, des peintures, accrochés aux murs. Reprenant néanmoins la sobriété d’une galerie de type “white cube”, avec des murs blancs et une lumière parfaitement orientée pour ses accrochages, le côté intimiste de l’espace met d’emblée le visiteur en confiance pour découvrir les artistes présentés.
C’est entre deux accrochages que Nicolas Hugo nous a reçu, et quelques jours avant << OFFLINE >>, rencontre entre galeristes innovants à la Cité de la Mode et du Design à Paris, du 26 au 30 mars. Nous avons ainsi pu découvrir les oeuvres de Renaud Bargues pour leur dernière semaine de présence dans l’appartement-galerie. Pour “OFFLINE” et sa prochaine exposition, Nicolas Hugo a choisi de représenter Vincent Souquet, ancien élève de la Villa Arson.

Prenant place sur le canapé – qui fait également office de lit pour le jeune galeriste-, la discussion pouvait commencer.

Parcours…
Nicolas Hugo a suivi une formation en gestion à l’université. IL a, en parallèle, fait divers stages dans des galeries, dont celle de Kamel Mennour à Paris. Son côté impatient et hyperactif ne pouvait alors l’empêcher d’aller au-delà des bancs de l’université pour se confronter au monde concret du marché de l’art.

La bonne idée…
Après ses stages, l’envie lui est venue de voler de ses propres ailes, et à son propre rythme. Au regard du prix des loyers dans la capitale, il lui était impossible d’imaginer posséder un espace pignon sur rue. Par ailleurs, la volonté d’exposer des artistes remarqués et rencontrés nécessitait son propre lieu d’exposition. Ces différents paramètres l’ont ainsi conduit à utiliser son propre appartement. Un espace qui, finalement, s’y prête bien.

Communiquer…
Avec un lieu caché des promeneurs et des curieux, la communication de la Galerie a dû être intense, mais nullement à outrance. Ce ne sera pas une revue spécialisée, ou une plateforme consacrée au marché de l’art sur le Net qui le fera connaître, mais un magazine féminin. Une page lui sera entièrement consacrée, et, voilà notre jeune entrepreneur propulsé sur le devant de la scène. Il a notamment été, tout récemment, l’invité d’une émission sur France Inter.

Ce qui peut apparaître comme une contrainte à première vue, est finalement un atout non négligeable, au sein d’une nébuleuse de galeries parisiennes consacrées, ou naissantes. Le côté atypique (pour Paris) de l’initiative, donne de la personnalité au lieu, et soulève la curiosité des collectionneurs, artistes et médias.

Se privant de site Internet, la difficulté semble accrue pour Nicolas Hugo. Toutefois, les réseaux sociaux sont une vitrine suffisante pour communiquer sur l’actualité de la Galerie, et profiter de l’interactivité pour entreprendre un échange. L’échange, qui pourrait être le maître mot du projet. Loin des galeries-boutiques où les connaisseurs osent pousser la porte et découvrir, dans un certain anonymat, les oeuvres, la Galerie Nicolas Hugo permet une rencontre, prétexte à l’émerveillement artistique.

Seule entorse à cette philosophie, sa présence sur la plateforme Artsper, afin, notamment, de présenter l’ensemble du travail de l’artiste exposé, mais aussi celui des artistes précédents ou à venir. Cet outil non négligeable donne une visibilité accrue, non seulement pour l’espace de Nicolas Hugo, mais tout autant, pour des artistes qui ne sont pas nécessairement représentés à grande échelle sur le marché. Cette présence autorise une pérennité du projet et un accompagnement à long terme.

Curieux et collectionneurs…
Une fois que le numéro de téléphone est connu et l’adresse notée, curieux et collectionneurs décrochent leur appareil et prennent rendez-vous avec le galeriste, à son appartement. Qu’il s’agisse d’étudiants intrigués par le concept, ou d’amoureux de l’art toujours en quête de nouveaux talents, le traitement est le même : une heure d’entretien pour parler de l’artiste exposé et de son travail accroché.

La clientèle est majoritairement française mais, Nicolas Hugo compte également dans son répertoire, un grand collectionneur philippin. A noter que des parents d’amis sont devenus clients de la Galerie, ce qui n’est pas forcément anecdotique pour un tel concept.

Du fait de l’accessibilité de la galerie, les transactions se font physiquement mais aussi virtuellement, les premières dominant cependant les secondes. Le pari est donc réussi pour le galeriste, qui souhaitait instaurer un climat de confiance et une dimension humaine, – dimension qui pêche bien souvent dans la froideur des “white cubes” à travers le monde-. Accessibilité du lieu et accessibilité des prix également, ceux-ci allant de 300 euros à 850 000 euros, large palette ouverte pour plusieurs catégories de budgets à l’aquisition d’une oeuvre.

Avenir…
Dans l’immédiat, il s’agit de développer la galerie, le projet. Des organisateurs de foires ont déjà pris contact avec Nicolas Hugo pour lui proposer de participer aux événements ,hautement relayés par les médias et les opérateurs du marché, mais ce n’est pas la priorité.

Plus tard certainement, et pourquoi pas la FIAC ? La programmation de la galerie répond déjà à celle des foires, à l’instar de l’accrochage qui sera présenté en octobre, durant la FIAC, et dont l’artiste est internationalement reconnu, mais chut, c’est un secret.

Au regard de l’évolution du marché de l’art, Nicolas Hugo est plutôt optimiste. De nombreuses galeries d’art ouvrent à Paris. Face à ce dynamisme le but est de développer de nouvelles offres, puisque la
demande évolue continuellement. << C’est au galeriste de s’adapter au marché et non le contraire >> précise-t-il. Pour lui, la galerie d’art seulement présente sur le net est une option, mais ce n’est pas une fin en soi. Des acheteurs ont besoin d’un contact sensible avec les oeuvres et le galeriste. La menace pesant sur les galeries traditionnelles ne semble donc pas inquiéter la jeune génération d’entrepreneurs de l’art.

Passion…
Avant d’ouvrir son appartement aux artistes, Nicolas Hugo a commencé à collectionner des oeuvres pour lui-même. Il nous confie, notamment, sa grande passion pour les monochromes. Sa réserve permanente d’oeuvres – qui sont accrochées entre deux expositions-, compte ainsi un Andy Warhol, une lithographie de Picasso, cette dernière acquise au bout de longues économies… Pour sa collection personnelle, le galeriste fait ses achats dans les ventes aux enchères et parfois en galerie.
Collectionneur, Nicolas Hugo est aussi féru d’expositions, présentées pourquoi pas chez des confrères, à l’exemple d’une de ses dernières visites : l’exposition curatée par Matthieu Poirier à la galerie parisienne d’Emmanuel Perrotin (<< Post-Op. Perceptual Gone Painterly / Du perceptuel au pictural. 1958-2014 >>).

Dans le top 3 des artistes à rencontrer ou à exposer, notre galeriste avoue son admiration pour Francis Bacon, Lucio Fontana et Yves Klein (les monochromes, évidemment).

https://www.facebook.com/GalerieNicolasHugo?fref=ts
http://www.artsper.com/galeries-d-art/france/322/
http://www.renaudbargues.com/
http://www.citemodedesign.fr/event/93-offline

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