INTI & Alexis Diaz : « La Madone de Sao Paulo »

Dans la ville de Sao Paulo au Brésil, le mysticisme est à chaque coin de rue, perceptible sur chaque façade. Mélange des genres et des cultures, elle incarne depuis le XVIème siècle l’équilibre entre les croyances anciennes et la vie moderne. Les artistes INTI et Alexis Diaz ont décidé d’illustrer cette particularité à l’occasion du O. Bra Festival, qui s’est tenu dans la ville début novembre. Retour sur une véritable expérience visuelle.

Iconographie religieuse et Street art

À la vue de cette gigantesque fresque, il est important de rappeler brièvement le contexte historique et social de l’Amérique du Sud, et plus précisément de Sao Paulo. À l’aube du XVIème siècle, il n’y avait à cet endroit qu’un modeste village, extrêmement pauvre. Dominé par des religieux catholiques et entouré par des tribus indiennes, la vie sur place n’était pas drôle du tout. Combats, mort omniprésente, catholicisme obligatoire, conversion de force, capture d’indigènes, maladies: un cocktail explosif en somme. De ce passé douloureux, la ville en a gardé certains stigmates dans l’imaginaire populaire.

De nos jours, la religion reste toujours un des phares de la société pauliste. C’est en réinterprétant ce fragment historique que les deux artistes, INTI et Alexis Diaz, ont pu créer une oeuvre qui interpelle les consciences sur place. Au-delà d’une simple référence à « un dessin cool de chicanos », cette fresque dévoile le subtil mélange d’un art religieux centenaire et du Street art, à l’ombre des buildings et des favelas.

artctualite-INTI2

© INTI – Alexis Diaz

Cette iconographie religieuse, avec ses symboles propres, est subtilement exécutée grâce à une connaissance profonde de ses codes liés à l’homme, à Dieu et à la nature. Scindée en deux dans sa longueur, la fresque expose la dualité du monde à travers des concepts simples : la vie et la mort.  À droite le personnage féminin, librement inspiré d’une figure mariale, est une ode à la vie et à la jeunesse, et à gauche, l’interprétation de la mort. Attardons-nous quelques instants sur deux symboles plus complexes que les fleurs et les os : la flèche et le coeur…

Du Bernin à la bombe de peinture

Facilement identifiable sur la fresque, ces deux éléments sont liés dans l’histoire de l’art. Leur réutilisation dans un contexte contemporain et dans une forme d’expression venant de la rue, n’est pas un hasard et voici pourquoi. Cette flèche que tient la jeune femme, vous la retrouvez dans l’Extase de Sainte Thérèse du Bernin. L’ange tient alors la même arme, une flèche symbole de la puissance divine. Dans le cas de la fresque d’INTI et d’Alexis Diaz, cette flèche se termine par une fleur, manière élégante de rappeler la puissance et l’importance de la nature dans la société contemporaine brésilienne, dont la jeunesse perçoit pleinement les enjeux.

Et puis, il y a ce coeur en suspension au-dessus de la main droite de la jeune femme. Ce « Sacré Coeur »,  qui n’en est pas vraiment un, car n’étant pas entouré de flammes, semble avoir été détourné pour ne pas célébrer que l’ « amour du Christ », mais l’humanité dans sa globalité. Ce coeur n’a ni religion ni couleur, il célèbre la diversité des habitants de Sao Paulo.

© INTI - Alexis Diaz

© INTI – Alexis Diaz

Outre une qualité de réalisation irréprochable et à la parfaite combinaison des deux styles d’expression, cette oeuvre montre la parfaite connaissance de cette jeune génération d’artistes pour la richesse de leur patrimoine culturel et religieux. Les types sont calés en histoire de l’art, ils maitrisent les codes et les symboles, et ils font un boulot remarquable autour de l’identité d’une génération qui, petit à petit, tente de s’affranchir d’un passé complexe. Pour INTI c’est une première sur Art/ctualité, mais pour Alexis Diaz cela fait quelques temps qu’il est sur notre radar, et nous ne comptons pas le lâcher…

Multiculturelle et multiconfessionnelle, cette fresque a réussi le pari d’être aussi spirituelle qu’esthétique, avec cette pointe de surréalisme délicieusement identifiable.

Crédits et sources photographiques : INTI/Alexis Diaz/Be Street/Zeutch.

Les commentaires sont fermés.