Jacques Doucet x Yves Saint Laurent : une passion pour l’art

Cette semaine a eu lieu l’inauguration de l’exposition Jacques Doucet – Yves Saint Laurent. Vivre pour l’art à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent à Paris. Compte rendu d’une visite dans l’intimité artistique des deux couturiers.

L’espace du collectionneur

Subtil mélange des genres, l’exposition propose un aménagement réfléchi des intérieurs des deux anciens couturiers : l’un rappelant celui de l’appartement de Doucet rue Saint James à Neuilly et l’autre celui de Saint Laurent rue de Babylone. À travers une déambulation organisée, la décoration et l’architecture intérieure deviennent les phares qui vont guider le visiteur à travers « l’espace muséal ». Pensé par Nathalie Crinière et Jacques Grange, cet ensemble hybride de décoration, de tableaux et de décors évoque instantanément une vaste period room. Ainsi il est possible de se mettre à la place des collectionneurs et de briser le carcan parfois agressif de la galerie et de ses cimaises.

Même si Jacques Doucet et Yves Saint Laurent ne se sont jamais croisés, la symbiose créée à la Fondation fonctionne, car l’ « esprit » du collectionneur est présent. En effet, le véritable défi était bien là, recréer l’âme des lieux, à la manière d’un décor le plus fidèle possible à la réalité. Ainsi il est facile d’observer la communication des oeuvres entre elles, de comprendre l’alchimie qui saisit le visiteur quand celui-ci pénètre dans une salle en voyant les tableaux de maîtres et les objets précieux qui l’ornent. Bien plus subtil qu’un simple cabinet de curiosités, cet espace de confrontations artistiques évoque parfaitement la passion pour l’art qui animait l’esprit des deux couturiers. Vivre au milieu de ces chefs d’oeuvres de Manet, Warhol, Braque, Picasso et Modigliani ainsi que tous les autres, était sans doute la réalisation d’un rêve égoïste mais sincère, qui visait à créer la beauté en l’admirant tous les matins.

In art we trust

Cette passion effrénée pour l’art qui habitait Doucet et Saint Laurent met en évidence une de ces principales caractéristiques : sa circulation. Tout comme l’argent, l’art ne reste jamais à sa place ; il devient propriété, investissement, placement, convoitise. Ainsi trois oeuvres majeures ont circulé entre les deux collectionneurs : une paire de banquettes de Gustave Miklos de 1928 et un tabouret en hêtre signé Pierre Legrain, acquises par Pierre Bergé et Yves Saint Laurent à la vente de la Collection Doucet en 1972. Entre les deux couturiers, la recherche de l’harmonie et du beau était devenue une obsession. Mais l’accumulation de l’art ne serait rien sans l’oeil pour l’organiser. Ainsi le goût pour l’art devient le goût pour la décoration, la recherche d’une connexion invisible entre les oeuvres et du désir d’unité. Certaines critiques parlent d’un déséquilibre entre les deux univers, mais il faudrait plus y voir une certaine complémentarité, un apport mutuel. En effet nombreuses sont les pièces dispersées lors de la vente Yves Saint Laurent-Pierre Bergé de 2009 et toutes n’ont pas regagné le « décor » de l’appartement de la rue de Babylone. Il ne s’agit pas ici d’être dans la réalité la plus stricte d’un point de vue historique et artistique, mais de saisir un trait de caractère commun aux deux personnages et d’avoir un aperçu de leur musée imaginaire, afin de vivre à notre tour l’expérience du collectionneur…

Crédits et sources photographiques : Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent/Complex.com

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