Jeff Koons au centre George Pompidou – la première retrospective de l’artiste vivant le plus cher au monde.

Avouez que le titre est quand même aguicheur.
Et pourtant, depuis le 26 Novembre, on ne parle plus que de Koons de cette façon: non pas pour faire référence à son « talent » artistique mais pour ce qu’il représente en termede pouvoir écono-mique.
Car oui, c’est avec le marché de l’art, à travers Christie’s, que sa réputation a été solidement forgée (que dire des 50 millions dépensés à une enchère pour un des cinq exemplaires de Balloon dog ?).

Vous me demanderez, comment a t’il fait pour être aussi riche et coté ?
Koons était un ancien trader à Wall Street, détail que le centre Pompidou se garde bien de donner. En effet, quand vous démarrez l’exposition, vous commencez avec la traditionnelle frise chronolo-gique retraçant son parcours. On essaye de montrer le plus possible le passé d’artiste de l’Américain, comme par exemple le fait qu’il ait étudié entre 1972 et 1975 à l’Art Institue of Chicago.
Une seule ligne précise qu’en 1979 il fut courtier pour Wall-street, pour « financer » sa production artistique. L’allusion est beaucoup trop succincte et accéder au monde de la finance n’est pas si simple que cela (je vous invite à lire l’autobiographie de Chris Gardner pour mieux comprendre). Ce manque de précision est-il voulu ?
Jeff Koons a en effet gardé tous les codes et toute la philosophie de son passé de trader. Mais pas que, puisqu’il a aussi gardé certains clients dans son carnet d’adresses qui ne sont autre que : Pinault, Arnault, des milliardaires chinois et beaucoup de patrons haut placés.
Dans un contexte de crises, de scandales financiers et d’un désir de démantèlement des paradis fiscaux au nom de la corruption qui gangrène la planète, on est en droit de se demander quelle valeur a Jeff Koons ?

Influencé par Duchamp pour ses ready-made, et par Dalí pour la construction d’un personnage atypique (celui d’un businessman rattaché au scandale et à la provocation), l’oeuvre de Koons n’est que le reflet de notre société contemporaine: une société de consommation à outrance où le bonheur n’est réel qu’à travers l’argent.

On le constate dans la première partie de l’exposition avec The New où Koons tente de rendre hommage à Dan Flavin en assemblant des néons à… des appareils électroménagers.
Le problème c’est que ses sculptures sont moins impressionnantes. On retrouve beaucoup trop d’appareils assemblés ou d’affiches de publicité. Par exemple avec New Hoover Deluxe Sham-poo Polishers, on peut voir deux shampouineuses, avec de l’acrylique et un tube fluo.
Le spectateur oublie très rapidement qu’il est entouré de ready-made. Il a plutôt l’impression d’être dans le rayon électroménager d’une boutique bobo, à cheval entre Nespresso et Darty. « What else » ?

On observe rapidement que Koons n’est pas forcément dans la création mais plutôt dans la repro-duction comme le prouvent ce Kiepenkerl de 1987 ou encore l’Hercule Farnese une sculpture « classique » qui était attribuée à Lysippe et que l’Américain décide de maladroitement détourner.

Ce qui est étrange, c’est que plus l’on parcourt l’exposition plus on a l’impression d’être dans une sorte de boutique de jouets pour enfants riches (peut-être cela vient-il aussi des miroirs en forme d’animaux directement inspirés du monde des Teletubbies ?)

Heureusement pour nous, il n’y a pas que des mauvaises choses au sein de cette rétrospective. On peut par exemple parler du célèbre Balloon Dog : Oui, certains détestent cette oeuvre, oui, c’est un ballon gonflable; mais le fait qu’elle ait fait scandale, au château de Versailles en 2008, pour sa démesure et son ironie vis à vis de la décoration Baroque des appartements royaux, peut lui donner un certain « prestige ».
Il y a d’autres bonnes idées comme par exemple la sculpture gonflable Hulk ou Tulips une huile sur toile.

Un commissaire-priseur m’a dit que Jeff Koons était un artiste qui mettait en danger la notion même d’art. On le comprend rapidement quand on a fait un tour à Beaubourg : l’Américain représente à lui seul l’effondrement de la valeur esthétique au profit de la valeur marchande.
L’artiste transforme notre monde de l’art : l’argent commence-t-il à prendre le pouvoir comme dans la société dans laquelle nous vivons ?
Cette exposition est malheureusement une sorte d’adoubement pour l’artiste car il est maintenant consacré institutionnellement. L’écart qui s’était créé entre la valeur marchande d’un artiste et sa reconnaissance muséale est ainsi rattrapé.

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