Jeff Wall à la Fondation Henri Cartier Bresson : le goût du détail

Du 9 septembre au 20 décembre 2015, la Fondation Henri Cartier Bresson expose sur deux étages des photographies peu connues de Jeff Wall, tirées de sa collection personnelle et choisies par l’artiste lui-même, qui donnent à voir une autre approche de son travail.

Une harmonie faite de petits riens

Un emballage d’aluminium vide abandonné par terre. Un savon jeté dans le coin d’un évier. Le maillot de corps blanc d’un jeune garçon levant ses bras au ciel. L’exposition « Small Pictures » consacrée à Jeff Wall met en lumière son intérêt pour les petits détails. Une grande nostalgie s’en dégage, comme si l’artiste nous conviait à faire un saut dans le passé, dans ses souvenirs. A la Fondation Henri Cartier Bresson, on est loin des œuvres qui ont fait la renommée de Jeff Wall, à savoir de grands caissons lumineux, à la manière de panneaux publicitaires, où les photographies font l’objet d’une minutieuse mise en scène.

Ici, pas d’acteurs qui posent, pas d’objets placés à propos pour réaliser une photographie parfaite. Ce sont des petits riens, des objets qui semblent perdus dans leur environnement, des détails qui ont bien plus d’impact qu’ils ne le laissent présager aux premiers abords. Une citation de l’artiste résume bien le contraste qui apparait entre les œuvres pour lesquelles il est connu et celles qu’il expose ici : « En photographie, on peut passer de l’artifice au réalisme ». Si Jeff Wall a longtemps réalisé des photographies artificielles, au sens où elles faisaient l’objet d’une construction réfléchie, il présente ici un travail plus personnel, moins réfléchi mais doté d’une très grande sensibilité.

Des photographies aux orbites différentes

L’exposition prend place dans deux salles, chacune étant située à un niveau de la Fondation. Dans la première, on retrouve le principe des caissons lumineux dans lesquels s’affichent des photos de taille moyenne, sous forme de transparents. Une très grande harmonie se dégage de ces photographies regroupées sous la volonté de l’artiste, bien que lui-même ait avoué que ces clichés avaient été conçus séparément, sans objectif premier d’en faire une série à part entière : « Je les vois rassemblées ici momentanément en provenance d’orbites différentes ».

Les compositions sont souvent inhabituelles, avec des cadrages serrés sur des objets en apparence ordinaire que l’artiste charge d’une émotion particulière, ou un point de vue en hauteur qui donne une dimension originale à une scène plus que banale. C’est notamment le cas de la série Diagonal Composition (1998) ou de la boîte en aluminium abandonnée Peas and Sauce (1999). Aucun thème commun ne rassemble ces œuvres, si ce n’est l’attention accordée à des détails infimes, ainsi que le souhait de l’artiste de les voir exceptionnellement rassemblées.

Des épreuves de son livre Landscape

La seconde salle présente un travail plus dispersé, où les photographies sont parfois peu lisibles et sont moins cohérentes les unes avec les autres. Les photographies en noir et blanc ont une composition très rythmée. C’est le cas de Torso (1997), le buste d’un jeune garçon, ou de Shapes on a tree (1998), les rainures présentes sur le tronc d’un arbre. Si le procédé utilisé majoritairement demeure le tirage gélatino-argentique, certaines photographies tirées au jet d’encre manquent d’esthétique et semblent sans rapport avec le reste de l’exposition. On pourrait même dire qu’elles paraissent avoir été prises avec un simple smartphone en raison de leur mauvaise qualité.

Un présentoir central donne à voir certaines épreuves du livre Landscape que l’artiste a publié en 1970, d’après le journal qu’il a tenu pendant un an alors qu’il était dans sa ville natale, Vancouver. Là encore, des photographies en noir et blanc prises par la fenêtre de sa voiture dévoilent des paysages différents, unifiées par le motif répétitif du rétroviseur extérieur. L’univers très personnel de Jeff Wall se dévoile en filigrane de cette exposition intitulée « Small Pictures », où la beauté n’est pas forcément là où l’on croit.

Crédits : ©Jeff Wall / Courtesy of the artist

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