John Akomfrah – Le son et l’image

Lisson Gallery présente le travail de John Akomfrah jusqu’au 12 mars.

John Akomfrah est un artiste et réalisateur très reconnu. Il travaille le son et l’image de façon impeccable, en se concentrant sur des sujets forts comme la mémoire, la période post-colonialiste ou encore la temporalité. Il explore également la diaspora africaine, que ce soit en Europe ou aux USA.

artcualite-john-akomfrah-1

John Akomfrah The Airport, 2016 Installation View Three channel HD colour video installation, 7.1 sound 52 minutes © Smoking Dogs Films

Douce violence

L’exposition à la Lisson Gallery met en lumière l’esthétique du travail de John Akomfrah. On peut y apprécier aussi bien des photos que l’installation Vertigo Sea, un film projeté sur 3 écrans. Ce qui est impressionnant dans le travail de cet artiste, c’est sa capacité à sublimer autant l’image que le son. John expliquait lors de son Talk aux Arts Club de Londres, que le son représente une partie importante de son travail. Bien que les images soient léchées, le son permet aux oeuvres d’exister à part entière. Les bruits que l’on entend sont en léger décalage avec l’image, ce qui nous force à nous concentrer sur la moindre sonorité. Tout devient décisif, que ce soit une parole, une respiration, le bruit de l’eau ou encore le vent agitant les plantes. L’oeil apprécie l’image mais, l’oreille à tout autant la possibilité de nous plonger dans le monde mystérieux que nous offre John Akomfrah. Les paysages sont magnifiques, et pourtant la cause des migrants est le principal sujet traité ici. Les sons que l’on entend nous font, à la fois, voyager et, nous plonge dans une profonde angoisse par moment.

Rien n’est fait au hasard dans le travail de John Akomfrah. Chaque couleur, chaque sensation, chaque bruit est choisi méticuleusement. John assemble des vidéos ainsi que des images. Tout de suite, nos yeux ne savent pas quel écran regarder, tant d’informations s’offrent à nous. Au début, on pourrait penser que les installations de l’artiste seront indigestes, et pourtant tout est étudié pour faire en sorte que notre oeil s’habitue. Soudain on comprend, on apprend à regarder et à écouter d’une façon nouvelle. C’est en cela que son travail est magnifique. Il n’est pas accessible d’emblée. On pourrait le deviner lorsqu’on sait qu’il travaille l’image, la photo, le film. On pourrait avoir tendance, naïvement, à croire que son travail sera accessible. Qu’il nous suffira de nous assoir et que le message viendra à nous. Or il n’en est rien. John Akomfrah nous impose une façon de voir. Il éduque nos yeux afin que l’on puisse voir clairement les thématiques qui le perturbent, les questions qui le rongent. Il impose à nos oreilles un chant dont on a peu l’habitude, comme si on entendait pour la première fois des sons que l’on pensait connaitre. Son travail est une sorte de voyage initiatique, et lorsqu’on trouve la clé, le message qui s’impose à nous est puissant.

On comprend la course à la consommation qui ronge le monde. On comprend cette société qui tue la planète chaque seconde. On redécouvre le racisme et on le prend en plein visage. Les sujets abordés par l’artiste sont, somme toute, banals penserez-vous. Mais traité de cette façon, ces sujets prennent une nouvelle dimension. On peut le voir avec l’installation Mnemosyne (2010) qui met en lumière les destins déchirés des migrants qui voient dans l’Angleterre la terre promise, et qui pourtant seront soumis à un racisme devenu normal. Les oeuvres de l’artistes sont fortes puisqu’elles traitent de problèmes que l’on voit chaque jours, et pourtant c’est comme si l’on ouvrait les yeux pour la première fois.

artctualite-4_Vertigo_Sea_Screen_Shot_2015-07-28_at_11.33.46

John Akomfrah Vertigo Sea, 2015 Three channel HD colour video installation, 7.1 sound 48 minutes30 seconds  Smoking Dogs Films

Un artiste atypique

Le travail de l’artiste peut paraître hermétique. Il faut prendre le temps de comprendre sa démarche, d’apprécier sa façon de travailler, de communiquer. C’est un tout autre langage que celui de John ! Il se sert du cinéma pour faire de l’art. Au même titre que l’on contemplerait un tableau, une photo, ou que l’on écouterait un opéra. Lorsqu’on regarde un film, le temps passe, les images s’enchaînent, on est pris dans le feu de l’action trop souvent. Ici, on prend le temps d’apprécier chaque seconde. Les sons se découpent doucement et on se délecte de bruits pourtant si simples. Les oeuvres de John Akomfrah demandent de la patience, du temps. Elles sont réalisées avec précision et minutie. Et si l’on prend le temps, le message est sublime. Ce qui est drôle, c’est que l’on imagine  forcément un artiste obscur, froid ou très perché. Il n’en est rien. Les questions posées aux Arts Club étaient très pointues, longues, si longues qu’une fois la question terminée, on ne se souvenait plus du début. C’est dire ! L’artiste arrive, s’assoit, rit, et dit amusé « Cette question est difficile, je ne sais pas si je me souviens de toute la phrase ». Il est détendu et cependant un peu stressé. Il parle aisément, mais l’on ressent malgré tout le  stress. C’est agréable de voir un artiste accessible. C’est agréable d’échanger avec un artiste si connu et reconnu de manière peu formelle, et très libre. Il parle sans concession de son travail, se son expérience. Il raconte ce qui le tourmente, l’anime, l’émeut de façon claire, simple et vraie. Il n’emploie pas des termes compliqués pour essayer de nous perdre dans un flot d’expressions philosophiques. L’important c’est que l’on saisisse bien son travail. Il va donc droit au but, sourit, s’esclaffe, rit de lui-même, et de son travail. John Akomfrah est un artiste comme on les aime !

Alors si vous êtes du côté de Londres en ce moment, allez faire un tour à la Lisson Gallery. Et si vous n’y êtes pas, cliquez par ici.

artctualite-2dd48188-c70d-4a82-8d0b-92900da73af0-2060x1236

Intricate visual essays … a scene from Akomfrah’s The Nine Muses

Les commentaires sont fermés.