Johnny s’en va-t-en guerre – Dalton Trumbo (1939)

Johnny s’en va-t-en guerre. Dalton Trumbo. Paf, un chef d’œuvre. Comme ça, en cadeau tardif.

Le titre original de l’œuvre est Johnny Got his Gun. Il fait écho à une propagande de l’époque qui titrait « Johnny Get your Gun », incitant les jeunes hommes à partir au front. Dalton Trumbo répond à cette propagande en racontant à quel point tout s’est extrêmement bien passé pour Joe.

On plante tout de suite le décor : c’est une histoire triste comme j’en ai rarement lue. Un soldat américain revient gravement blessé de la Première Guerre mondiale. Il est devenu un homme-tronc, sans visage, mais dont le cerveau et la conscience fonctionnent toujours. Il est amené dans un hôpital militaire où l’on essaie plus de comprendre comment il peut encore être en vie, que de le soigner. Hop, envolée la magie de Noël.

Oui, mais en fait, non. Car Noël est un moment crucial pour ce jeune homme. J’y reviendrai. L’auteur explique que Joe appartient au royaume des morts, mais qu’il est tenu prisonnier sur terre. Tout le livre se déroule de son point de vue. Comme il est sourd, muet et aveugle, il n’appréhende son environnement qu’à travers des vibrations. Je suis obligée de vous dire tout ça en une seule phrase, mais il faut savoir qu’on apprend son état au fur et à mesure. Peu à peu, il réalise tout ce qui lui a été enlevé. Il est comme « enfermé » dans une bulle sans lumière, et hurle sans que personne ne l’entende, excepté le lecteur. On se retrouve presque aussi isolé que lui. C’est une expérience de lecture vraiment marquante.

Il oscille donc entre ses moments sur terre et des moments où il plonge dans ses souvenirs, ou dans ses délires. Il se voit parler à Jésus, ou à d’autres soldats décédés. Contrairement à eux, il n’a pas le droit d’accéder au Paradis, étant toujours conscient.

Vous avez toutes les clefs de l’histoire. Oui, c’est affreux. On lit la déchéance de cet homme qui sombre, et ne peut que sombrer, dans la folie, dans des pensées lugubres, et un désespoir sans fond. C’est un livre qui dénonce les affres de la guerre, mais bon ça même Yannick Noah le fait. Il va plus loin, il ridiculise tous ces grands mots pour lesquels il faudrait mourir. La vie est au-dessus de tout, justifie tout. Courir loin du combat, être lâche, c’est avoir tout compris. Il va même jusqu’à dire qu’il préférerait travailler dans une mine toute sa vie, dans des conditions horribles, plutôt que d’être mort, ce qu’il est finalement. Le plus terrible, c’est qu’on s’attache à ce personnage. Il nous raconte toute sa vie et ses petits soucis de jeune homme. Vous avez 300 pages d’un jeune homme mort qui vous raconte qu’il aimerait vivre et, qui ne peut même pas goûter au repos simple de la mort.

C’est beau, c’est grand, c’est superbe, et vous allez pleurer comme des fillettes. Si vous êtes une fillette je vous prie de m’excuser.

Et là vous me dites « D’accord, c’est manifestement un chef-d’œuvre et je vais m’empresser de le lire, mais pourquoi avoir mentionné Noël ? ». Johnny est incapable de se situer dans le temps. Il ne peut pas communiquer et on ne peut pas lui parler. Comment faire ? Une infirmière trouve une solution. Elle prend un chiffon quelconque, le plie en quatre, et l’utilise pour former des lettres sur son torse. Quatorze lettres qui le rendent fou de joie.

M-E-R-R-Y C-H-R-I-S-T-M-A-S.

Enfin il peut se situer dans le temps, enfin il est heureux ! Il se contente de peu, mais il prend tout ce qu’on lui donne.

Dalton Trumbo a également réalisé une adaptation de son propre livre au cinéma. Le film est très bon, et j’aime assez sa conclusion, que je vais emprunter pour la faire mienne. Le film se clôt sur un magnifique et ironique “Dulce et decorum est pro patria mori”, ou comme vous l’aviez j’en suis sûre compris, « Il est doux et approprié de mourir pour la patrie ». Magnifique.

Comme Joe qui se tient entre deux mondes, nous nous situons entre le bilan d’une année et l’expectative d’une nouvelle. Je vous souhaite une année magnifique, et j’espère que vous continuerez à prendre autant plaisir à découvrir de nouvelles expositions, films, musiques et livres !

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