JR x The New York Times : time-lapse sur la Big Apple

L’artiste JR, le self-made-man du Street-art a fait bien du chemin depuis ses débuts dans le Paris des tours de béton, des drive-by en T-Max, et des gueules fracassées par la vie. Adoubé par les plus grands (le collectif Kourtrajmé, le galeriste Emmanuel Perrotin, Prix du Festival Human Rights à Montréal, le Prix Technology Entertainment and Design de la Sapling Foundation etc.), JR continue d’élargir son terrain de jeu, en constituant un maillage culturel nouveau dans les grandes villes du monde. Après Paris, Jérusalem et la Palestine, Rio de Janeiro, Shanghai, Lausanne et Los Angeles, le frenchie s’est embarqué pour Manhattan pour une collaboration un peu spéciale.

Véritable Mecque du Street-art, New York a accueilli, le temps d’une seule journée, une œuvre éphémère de JR. C’est le New York Times qui a fait le premier pas vers JR pour lui offrir une occasion inédite. Ce dernier, qui travaille entre son studio de Manhattan et, celui du côté du Père-Lachaise à Paname, a tout de suite vu en cette collaboration la possibilité d’aller encore plus loin dans son projet sur l’immigration. Récemment, JR avait redonné vie à l’ancien hôpital d’Ellis Island, lieu stratégique dans l’arrivée des immigrés en Amérique, en prenant en photo des personnes nouvellement arrivées sur le sol américain, pour installer ces images dans les lieux abandonnés de l’ancienne structure d’accueil. Unframed-Ellis Island a été un véritable choc culturel et artistique dans l’imaginaire collectif des new yorkais, qui a pu se réapproprier d’une nouvelle manière, ce lieu de mémoire.

C’est donc dans la droite ligne de ce projet que, JR et The New York Times ont collaboré pour le numéro spécial du journal Walking New York. Pour finaliser le projet de JR, les deux parties ont eu l’idée de sélectionner des nouveaux immigrés, fraichement débarqués à New York, pour organiser avec eux dans un premier temps, un shooting photo dans les rues de Manhattan. Mais, c’est la silhouette déterminée d’Elmar, 20 ans, venu d’Azerbaïdjan, qui a séduit le photographe. Ainsi en une nuit, les équipes de JR et du NYT (ça commençait à être long à écrire), ont imprimé son portrait sur 50 mètres de papier pour le coller sur le sol devant le Flat Iron Building (à côté du Eisenberg’s Sandwich Shop pour les experts). Dans la vidéo postée par le NYT, on peut observer le travail de fourmis des bénévoles, et des deux équipes pour placer sur le sol le portrait d’Elmar. Une fois collé, la caméra continue de tourner, et dès les premières lueurs (blafardes) du jour, des milliers de personnes affluent et marchent sur le portrait. Vous commencez à saisir la subtilité ? Une figure immense, mais posée sur le sol, d’une épaisseur de quelques millimètres, invisible aux yeux des passants ? Bingo, c’est une métaphore de la condition d’immigré ! Eh oui, Elmar est un « fantôme » qui vit dans l’ombre de New York : pourtant grâce à JR et au NYT, il est en pleine page du magazine, et les « new yorkais authentiques », se retrouvent écrasés par la masse et deviennent à leur tour invisible. C’est donc la représentation d’une nouvelle génération d’immigrés qui est mise à l’honneur, car depuis le début de l’histoire de New York avec l’arrivée des colons hollandais, c’est la richesse de l’immigration qui est à la base même du rayonnement de la ville. Il fallait y penser.

Faites quand même un tour sur le site de JR avant qu’il ne reçoive la légion d’honneur par Fleur Pellerin, et qu’il devienne moins street-cred : http://www.jr-art.net/

Crédits photos : The New York Times/JR Photography.

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