Jurassic Conte

Le Voyage d’Arlo (2015) de Peter Sohn

Note : ★★★☆☆

Les fêtes de Noël approchent, et avec elles les traditionnelles sorties de films d’animation. Cette année c’est le studio Pixar qui, cinq mois après nous avoir émerveillés avec le magnifique Vice-versa, tente à nouveau de nous enchanter avec Le Voyage d’Arlo. Si ce dernier né ne possède pas la majesté de ses ainés, il n’en reste pas moins vrai que les artistes du studio ont à nouveau récidivé, en transformant une simple histoire en un tableau attachant et visuellement somptueux.

Il y a 65 millions d’années, une météorite s’écrase sur terre, provoquant l’extinction des dinosaures. Mais que se serait-il passé si cet événement ne s’était jamais produit ? Les dinosaures vivraient-ils à nos côtés aujourd’hui ? Plusieurs millions d’années après avoir échappé à cette catastrophe, la principale préoccupation de la famille d’Arlo est de cultiver ses terres, en vue de l’hiver approchant. Suite à de tragiques évènements, Arlo part à la poursuite d’une mystérieuse créature, un être humain, et va devoir affronter ses peurs ainsi que la vie en pleine nature, pour espérer retrouver le chemin de la maison.

La simplicité du récit initiatique

Jamais encore, le studio Pixar n’avait exposé dans son cinéma, une morale aussi simple et accessible, sobriété qui se reflète comme à travers un miroir sur le scénario. En effet, faisant fi d’une inutile complexité ou autres virages scénaristiques alambiqués, les différentes étapes du schéma actanciel sont expédiées manu militari, pour se concentrer sur l’évolution d’Arlo, ainsi que sur sa relation avec Spot, le jeune humain. Peter Sohn ainsi que le studio Pixar, ont souhaité avec ce long métrage se libérer des fioritures pouvant habiller le scénario américain classique, afin d’aller directement à l’essentiel d’une manière si sèche (le père d’Arlo annonce dès les 15 premières minutes du film, que son jeune fils devra apprendre a affronter ses peurs), qu’elle peut paraître un peu rustre, pour ne pas dire paresseuse. Il serait cependant fourbe de leur en tenir rigueur, tant l’histoire nous touche par son innocence et son hardiesse, et dont le caractère simpliste est entre autre présent en vu d’être accessible au plus jeune âge (nous rappelant les relations candides entre Bambi et ses amis). Observer Arlo et Spot se trouver, se comprendre et évoluer malgré leurs différences et leur rancune (Arlo en particulier) représente un spectacle parfois loufoque, souvent drôle, mais systématiquement attendrissant. Ainsi, on ne peut s’empêcher de voir dans Le Voyage d’Arlo, une version moins marginale mais plus limpide de Frère des Ours de Bob Walker et Aaron Blaise.

De la peinture cartoonesque

La qualité exceptionnelle de l’art graphique made in Pixar, impressionne une fois encore. Loin de se contenter de repousser à chaque film les limites de la beauté visuelle pure, les artistes du studio cherchent systématiquement à doter leurs œuvres d’une touche esthétique unique, véritable signature pour chaque film. Différent de la fluidité aquatique du Monde de Némo (2003), ou de la nébulosité émotionnelle de Vice-versa (2015), Le Voyage d’Arlo fascine par le contraste fort entre l’apparence caricatural (au sens positif du terme) des personnages, et le photoréalisme extrême des décors. C’est les yeux émerveillés, que nous visitons au coté d’Arlo et Spot, les paysages inouïs peints par les animateurs Pixar. Fortement inspirés par les monumentaux paysages des western américain classiques (immortalisés au CinemaScope), Peter Sohn nous convie littéralement à un voyage contemplatif, chevauchant aux cotés de T-Rex cow-boy, volant au cœur d’une tempête effroyable, ou encore spectateur d’un ballet de vers luisant. De plus, le génie des animateurs Pixar trouve toute sa saveur, une fois que le photoréalisme se mélange à la silhouette cartoon des personnages. Loin d’amoindrir la beauté des décors, la grossièreté (là encore au sens positif) des traits d’Arlo et ses amis, viennent donner une âme à ces décors, comme si le grotesque et le superbe ne pourraient exister l’un sans l’autre.

Bien qu’il ne restera pas dans les annales, car possédant une histoire (un peu trop) simple, véritable patchwork scénaristique de différents classiques Disney (Bambi, Le Roi Lion, Frère des Ours,…), et des personnages du même acabit souffrant d’un cruel manque de développement, Le Voyage d’Arlo reste néanmoins un merveilleux film d’animation, dont les splendides décors et les personnages attachants, raviront les plus jeunes et attendriront les plus anciens d’entre nous.

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