Juvenile in Justice

Richard Ross est un professeur et un artiste américain. Il sillonne les Etats-Unis et le monde, pour photographier toutes sortes de choses. Sur son site, on peut voir des nus féminins, des gens en train de bronzer, des souvenirs du Vietnam… On découvre Paris, l’Inde, des textures, des couleurs, des paysages vus sous un œil nouveau. Et puis on voit des enfants en prison.

Le travail de Richard Ross sur la série Juvenile in Justice est remarquable. Ross parcours l’Amérique de fond en comble afin de capturer, (sans mauvais jeu de mot), le portrait de jeunes, enfants, derrière les barreaux. Pas de sourire, pas de jouet, pas de partie de foot comme on aurait l’habitude de voir.
Ce qui règne ici c’est la solitude, la mise à l’écart. Les visages sont cachés, la peur et la honte règnent. Ils ont des menottes aux poignets, dorment à même le sol, sont tatoués, certains ne voient pas la lumière du jour pendant plusieurs semaines. Et ils ne sont pas majeurs. Aucun d’entre eux n’a plus de 18 ans. Ils se demandent s’ils reverront un jour leur maison, ou leur maman. Ils se donnent un air dur, mais on sent toute la naïveté de l’enfance dans leur propos. Ils ne sont que des enfants et paradoxalement, ils sont pourtant déjà si vieux.

Ross nous présente des clichés de cette jeunesse maudite, cette jeunesse emprisonnée. Les portraits sont accompagnés d’une phrase pour la plupart, quant aux autres, seule l’atmosphère pesante qui émane du cliché se suffit à elle seule. Ce sont des enfants et pourtant ils ont vu la mort.
Ce qui frappe, ce sont les couleurs : acidulées. Les portes des cellules sont parfois d’un bleu pénétrant, ou d’un rouge vif. Le sol d’une salle de bains est rose bonbon. Ces couleurs ne font qu’intensifier l’horreur permanente.
Le projet de Ross est fort. Avec ses photos, il souhaite dénoncer les conditions dans lesquelles sont traités ces enfants. Il faut faire avancer les choses, pour lui il est impossible de laisser des enfants dans de pareilles conditions, en les blessant, les humiliant, et en imaginant qu’un jour ils puissent avoir une chance de revenir à une vie normale.
Ross se sert du pouvoir de la photographie pour dénoncer un système qui ne fonctionne que trop mal, et ce depuis longtemps.
La douceur et la joie des images contrastent violemment avec le sujet proposé. Cela permet de servir le propos de l’artiste d’une manière terrible. Pour lui, c’est la société toute entière qui doit changer. On doit aider les familles des quartiers sensibles, et donner du travail aux habitants. Ross aimerait que le gouvernement change radicalement sa façon de fonctionner, car pour lui, la source du problème est l’environnement dans lequel vivent ces enfants. Mais surtout, si ces enfants commettent des crimes, il faut leur faire comprendre en quoi c’est mal. Il faut les éduquer, leur apprendre à penser. Car les enfermer toute la journée sans leur parler, ne fait que les conduire droit dans le mur.

Crédits photos : Richard Ross

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