Katsufumi Takihana : le conte du mauvais garçon

Il fallait faire un article sur lui, ce n’était plus possible. Après les promotions dans les médias de masse, il fallait que l’on prenne le temps de décortiquer minutieusement le travail de Takihana. Vous le savez depuis un moment maintenant, chez Art/ctualité on se creuse la tête pour vous trouver des artistes géniaux, et égratigner, quand on peut, nos collègues journalistes qui font du travail de surface, mais toujours dans un esprit Coubertin. Cette semaine donc nous partons au Japon découvrir le travail de ce graphiste génial, dont les dessins empêchent les enfants de dormir et font le bonheur des adultes.

Son atelier nippon, il devrait ressembler à une bibliothèque d’un cabinet de curiosités façon canaille. On imagine bien, voir se succéder sur les étagères les livres sur le graphisme des années 60, des compilations de contes avec des monstres bien maléfiques, ou encore les encyclopédies de tatouage. Car il est clair que sa passion pour le dessin l’a fait voyager d’un hémisphère à l’autre de la bienséance. Il y a d’abord cette impression de « déjà-vou’ » comme disent les ricains, devant les illustrations. Nous retournons ainsi 20 ans en arrière à la bibliothèque municipale, rayon 4-10 ans. Vous vous souvenez sans doute, ces livres que l’on dévorait, remplis de créatures cauchemardesques, de ces hybrides tchernobyliens qui venaient nous hanter après l’heure du conte : des loups aux yeux de braise, des clowns en fin de carrière ravagés par la vie, et des gargouilles grinçantes de tristesse. Des dessins presque enfantins mais qui reflétaient une noirceur et un mysticisme beaucoup plus profond. Voilà pour la base, celle qui marque toute une génération. Quant à la suivante, il faut chercher du côté de la «bousille » la marque des mauvais garçons.
La deuxième iconographie présente dans le travail de Takihana, nous offre une plongée sans oxygène dans le milieu des lascars à l’ancienne, des anciens légionnaires des bataillons d’Afrique, et des matelots de la marine marchande. C’était une époque où le tatouage représentait le curriculum vitae, les actes de gloire de l’individu, ses rêves et ses fantasmes. Inspirés en France par le livre de Gaston Leroux Chéri-Bibi paru en 1913, et par les séjours dans les bagnes français et coloniaux, ces tatouages étaient la quintessence du choix de la mauvaise vie ; une vie de femmes, de violence et de liberté au mépris des codes moraux. Comment deux univers, tellement opposés, ont pu fusionner ensemble et donner ce genre si particulier d’illustration ? Une partie de la réponse est dans la narration et les symboles qu’elle contient. Dans son travail l’abstraction visuelle est parfaitement absente, chaque motif ouvre l’esprit à une cascade d’informations qui vont parler au spectateur : là, une référence aux cartoons des années 50 reprenant une iconographie antique, avec des couleurs faisant penser à des tatouages délavés par le temps etc…Une mise en abîme totale.

Un dessin faussement simple, qui transporte l’inconscient du spectateur dans des lieux qu’il a lui-même balisés depuis sa plus tendre enfance. Un retour aux sources d’un imaginaire collectif, avec une touche d’inspiration old-school, voilà le travail de cet artiste que l’on adore.
Venez regarder son compte Instagram et vous comprendrez mieux le pourquoi du comment.

Crédits photographiques : Katsufumi Takihana.

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