Kendrick Lamar au sommet de la musique

Vous connaissez, bien sûr, la fameuse histoire de la Tour de Babel, cet édifice que les hommes voulurent construire pour atteindre les cieux, le pouvoir, la puissance. En fait, à regarder de plus près, il semblerait que le monde hip-hop et rap partage ce besoin de supériorité qu’avaient les hommes de Babylone. Chacun leur tour, ils cherchent tous à s’approprier le trône de cet univers musical. Certains sont même en campagne, tel Eminem et son Rap God. Eh bien, après l’écoute de, il semblerait que Kendrick Lamar et son dernier album, soient tranquillement posés au sommet de la Tour de Babel et qu’ils rayonnent sur le monde. Le tout sans nous bassiner d’« ego trip ».

Les USA avaient leur Dream Team, au JO de 1992, Kendrick tient la sienne pour la production de son troisième album. On retrouve donc Kendrick Lamar en meneur, épaulé par Pharrell Williams, dans le rôle de l’arrière. Pour quadriller la raquette, le rappeur de Compton a titularisé Flying Lotus en ailier, et Thundercat en arrière fort. Puis, histoire de placer des dunks de funk dévastateurs, c’est George Clinton, l’un des pères de la funk et parent du G-Funk, qui se charge du rôle de pivot. Oui, une vraie équipe All Star, pour un album qui sera probablement le MVP de la saison.

Cinquante ans après les émeutes de Watts, à Los Angeles, et moins d’une année après celles de Ferguson, To Pimp a Butterfly sort dans un contexte particulier. Alors, il n’y a rien d’étonnant à écouter le sample d’ouverture de l’album qui répète « Every nigger is a star ». Kendrick Lamar a décidé de faire une musique engagée, et il tient le cap tout au long des 16 pistes de ce chef-d’œuvre. Déjà, la pochette signée par le français Rouvre annonce la couleur.

Pour ce qui est de la musique, le Californien nous montre l’étendue de son talent sur fond de G-Funk. C’est géant. Il sait être calme sur certains titres, se laisser porter par la funk de Mr Clinton sur d’autres, s’allier subtilement avec le jazz, ou encore, nous faire une démonstration de rap sur The Blacker the Berry ou I. On notera, mais ça paraissait évident, qu’il maitrise le flow et le spoken word comme très peu en sont capables. Pour preuve, écoutez How Much A Dollar Cost et son looping au piano, ou bien l’ultime morceau de l’album, Mortal Man. On aurait également envie de vous conseiller chaudement King Kunta et Institutionalized où le Snoop passe vous dire bonjour. Mais, en fait, on s’aperçoit vite que c’est l’album entier qui est à écouter. Kendrick Lamar réussit à produire des musiques de qualité avec une constance folle.

S’il reste quelques sceptiques parmi nos lecteurs, sachez que le très sévère site de référence Pitchfork a attribué un joli 9.3 à ce bel album. Vous voyez, on n’est pas les seuls à être restés bouche bée.

Photo : Kendrick Lamar – Facebook

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