La chambre des fantasmes d’Isabelle Roy à la Maison Rouge de Paris

Dimanche dernier, la Maison Rouge a ouvert ses portes une dernière fois pour accueillir la performance d’Isabelle Roy, artiste suisse qui, depuis le mois d’octobre, a installé au sous-sol de la fondation son œuvre «La chambre des fantasmes », une sorte de cube rectangulaire couvert de miroirs autour duquel les spectateurs pouvaient graviter. Des petits œillets dans les parois nord et sud permettaient au spectateur de regarder ce qui se passait à l’intérieur de ce mystérieux parallélépipède. L’artiste, qui était exceptionnellement présente ce dimanche (les autres jours, un plâtre occupait sa place), se trouvait au juste milieu de la chambre, devant le regard des spectateurs.
L’architecture des parois, et leur blancheur, simulaient une chambre d’isolement d’hôpital psychiatrique, dans laquelle l’artiste se dénudait sous nos yeux. La construction géométrique servait de métaphore à la psyché humaine, une psyché pleine de rêverie et exemptée de logique.

« La chambre des fantasmes » est le deuxième volet d’un projet constitué de quatre œuvres, quatre chambres qui symbolisent la frontière ténue entre le réel et l’imaginaire. Pour Isabelle Roy, les limites entre santé mentale et folie, résultent d’un paramètre difficile à délimiter puisque chaque individu, chaque psyché, représente un monde distinct qui doit être caché, ou se modeler suivant les règles et les codes sociaux. L’enfermement, le repli sur soi n’est pas uniquement proscrit aux fous, mais à chaque personne, Afin de vivre dans cette société l’homme doit faire un grand effort, pour supprimer ou calmer ses pulsions premières, et vivre en « harmonie » avec l’altérité. L’étrangeté est, finalement, la norme mais cette bizarrerie doit farder ce qui nous divise en deux. D’une part on est corps, ce qu’on décide de montrer, et d’autre part esprit, ce qui réside en nous et qui nous démarque, mais qui nécessite de rester enfermé. Reste la question, pourquoi cacher avec autant d’acharnement notre intériorité ? Pourquoi cet effort de se plier aux normes, alors que c’est notre originalité qui marque et persiste ? Tous ces questionnements nous font réfléchir sur les institutions qui abritent les malades mentaux, et plus largement, sur les traitements imposés aux patients. Alors qu’on cache tous quelque chose, pourquoi enfermer les esprits les plus libres et sincères ?

Le projet des chambres d’Isabelle Roy a été conçu à partir des ateliers mis en place par l’hôpital psychiatrique de Sainte-Anne. L’artiste a pris en compte le témoignage des personnes qui ont subi une crise à un moment de leur vie. Le but du projet est donc de montrer la fragilité de l’enveloppe humaine, et la difficulté à délimiter l’imaginaire du réel. Isabelle Roy se place dans ses chambres comme une porte parole qui transmet, à travers ses œuvres, les expériences vécues par ces individus. Elle invite le spectateur à se débarrasser des à priori et conventions pour découvrir que l’on n’est pas si différents les uns des autres, tous un peu fous. Ce qui nous différencie est, qu’un certain type de folie est permis, et un autre condamné.

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