La destruction de la cité antique d’Hatra : quand l’ignorance devient un danger

Chez Art/ctualité on aurait préféré vous parler d’un sujet beaucoup plus léger, mais l’actualité nous pousse à nouveau, à nous inquiéter pour la sauvegarde d’un patrimoine artistique mondial. La nouvelle vidéo mise en ligne le samedi 4 avril par l’Etat Islamique, est un nouveau coup dur pour la communauté internationale, bien impuissante face aux multiples destructions de sites archéologiques majeurs entre l’Irak et la Syrie.

C’est donc Hatra qui est passée sous les bulldozers du califat. Elle qui avait résisté par deux fois aux assauts des Romains en 116 et en 198 après Jésus-Christ, ne survivra certainement pas à la volonté des fondamentalistes religieux. Située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Mossoul (elle aussi sous le contrôle de l’EI), cette ancienne cité arabe de Mésopotamie abritait l’ancienne capitale du royaume Parthe. Connue pour ses vestiges spectaculaires de temples en pierre de taille sur des centaines d’hectares, la ville aura désormais un visage différent c’est certain. Les images de propagande de l’EI et les premiers rapports de l’UNESCO, dévoilent une série de questions et d’hypothèses sur l’étendue des destructions : le temple dédié au Soleil (Shamash Maran) est-il encore debout ? Les bas-reliefs ornant les colonnades du temple sont-ils détruits ? Quant à l’intérieur de la cité, qui peut dire avec exactitude ce qu’il manque, ce qui a été déplacé et ce qui a été détruit ? N’oublions pas que la grande statuaire qui ornait le temple avait été déplacée il y a quelques mois pour…le musée de Mossoul. Souvenez-vous des statues des rois de Hatra, dont les copies avaient été pulvérisées et les vraies certainement vendues.

Car il faut rappeler que le trafic d’œuvres d’art (seulement en Irak) selon l’UNESCO, équivaut à environ 7 milliards de dollars. On devine donc l’attrait, toujours plus fort, pour ces sites archéologiques développés par l’EI, qui partage ainsi ses revenus entre l’exploitation pétrolière et le trafic d’antiquités. Connue pour avoir été une cité fouillée par des archéologues irakiens, et non pas européens (MM Safaar et Mustapha en 1951), elle était devenue le symbole d’un Irak uni, qui préserve pour ses générations futures les chefs d’œuvres de son histoire ; un blasphème absolu pour l’EI. L’organisation terroriste a dévoilé le 4 avril, une vidéo encore plus professionnelle que celle du musée de Mossoul, mais toujours avec un discours bien rôdé contre la communauté internationale : « Nous sommes là pour les détruire, on va détruire toutes les pièces archéologiques, vos sites, vos idoles, votre patrimoine, où que ce soit et l’EI va gouverner vos pays et régner sur vos terres ». Un programme pas très original cependant. Ces déclarations sont entrecoupées de scènes de destruction, où l’on peut voir ses hommes tirant au fusil d’assaut sur les temples et les bas-reliefs, et d’autres armés de masses, détruisant des structures décoratives et votives à hauteur d’homme. La vidéo étant actuellement supprimée de You tube (manière peu efficace d’endiguer la propagande de l’EI), des captures d’écran sont encore visibles sur les sites des médias nationaux.

Maintenant que le bilan s’alourdit de semaines en semaines pour le patrimoine mondial, l’indignation commune des pays arabes et occidentaux ne porte toujours pas ses fruits, car les experts s’interrogent sur le devenir et la non-protection des sites, notamment par l’armée américaine, qui piste les soldats du califat, et qui aurait des unités de forces spéciales dans leur base d’Erbil. Pourquoi ne rien faire dans ce cas ? La géopolitique et la protection du patrimoine ne font parfois pas bon ménage.

Sources et crédits photographiques : ONU/UNESCO/Le Monde/le Figaro/Les clés du Moyen-Orient/The Guardian.

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