La Flûte Enchantée ensorcelle la scène de Bastille

Depuis quelques jours et jusqu’au 15 avril 2014, l’opéra Bastille présente la célèbre Flûte Enchantée ( Die Zauberflöte), dernier opéra de Mozart, sous la baguette non moins enchantée de Philipe Jordan.

Rappelons brièvement l’histoire : Tamino, jeune prince est chargé par la Reine de la Nuit de délivrer sa fille Tamina des mains de Sarastro. Guidé par les trois suivantes de la reine, et par le malicieux Papageno, Tamino va se rendre compte,, au cours de son périple, que la Reine de la Nuit l’a trompé et qu’elle est l’origine de l’obscurité et du mal.
S’ensuit une série d’épreuves pour le jeune prince destinées à tester son courage, sa sincérité, et qui finissent par le guider vers la lumière et l’amour de Tamina.

Cette nouvelle production présentée en 2013 en Allemagne à Baden Baden et a été mise en scène par Robert Carsen. Le metteur en scène canadien nous offre une version moderne, dépoussiérée et claire de cet opéra mystérieux et sacré.

Pour le plus grand plaisir du public une partie de la scène, contournant la fosse d’orchestre, s’avance dans la salle ce qui permet aux chanteurs d’interpréter leur rôle aux plus près des spectateurs,
Le jeu de Papageno, qui n’hésite pas a venir déambuler à travers les premiers rangs, achève d’abolir pour de bon la rupture entre le plateau et les spectateurs.

Robert Carsen nous séduit par la sobriété de son propos scénique, et par la pointe d’humour qu’il introduit dans certains jeux d’acteur, éléments fort appréciables dans un opéra gouverné par les allusions maçonniques.

Forêt ensorcelée fixée sur grand écran, pelouses vertes ou carrés de terre sur lesquels se détachent des tombes propre à matérialiser la mort sans effrayer, costumes modernes noirs ou blancs pour défendre l’idée du bien et du mal… Tout est fait dans la simplicité, et cette clarté assumée permet de promouvoir avec succès l’action des chanteurs.

La distribution est en outre remarquable. Une des grandes attentes dans la Flûte Enchantée reste avant tout les vocalises de la froide Reine de la Nuit, interprétée ici par la jeune soprane colorature Sabine Devieilhe. Agée de 28 ans, elle chante le rôle pour la première fois. Ici encore, aucune déception, rien qu’admiration pour cette jeune femme qui s’inscrit dans les pas du succès de Nathalie Dessay. La relève de la Reine est assurée !

Julia Kleiter est tout aussi admirable dans son rôle de Tamina , sa voix forte et sensuelle est à la hauteur de son rôle émouvant. Lui répond Pavol Breslik dans le rôle de Tamino, dont le timbre ne faillit jamais tout au long des épreuves qu’il doit endurer.
Enfin le sombre Sarastro incarné par Franz Joseph Selig nous fait trembler par sa voix de basse et force au respect.

L’humour et la fraicheur sont tout au long du spectacle assurés par Papageno. Il est incarné par Daniel Schmutzhard, qui enchaîne sans sourciller les dialogues parlés, et le chant, en y mêlant de nombreuses blagues malicieuses qui font sourire les grands comme les petits, d’ailleurs nombreux dans la salle.

Car, si cet opéra est connu pour être d’une lecture complexe et parfois obscure en raison de ses liens avec les rituels initiatiques de la franc-maçonnerie, il n’en reste pas moins d’une fraîcheur enchanteresse empruntée aux contes de fée.

Enfin, que dire de plus de l’orchestre dirigé de main de maître par Philippe Jordan, et, du Choeur de l’Opera de Paris sous la houlette de Patrick Marie Aubert , sinon qu’ils sont en tous points admirables.

Les clochettes de Papageno et la flûte de Tamino font bonne oeuvre : le public applaudit, sous le charme !

Les commentaires sont fermés.