La Force existe toujours !

Star Wars : Le Réveil de la Force (2015), de J.J Abrams

Note : ★★★★☆

Enfin, la longue attente est finalement terminée pour des milliers de fans et spectateurs. Il leur aura fallu attendre trente-deux ans après la sortie du Retour du Jedi, pour découvrir la suite de la saga space opera (aventures épiques se déroulant à l’échelle spatiale, dans lesquelles l’exploration, les relations diplomatiques inter-espèces et la science sont des thèmes prépondérants), la plus connue au monde. Le succès de la trilogie Star Wars originelle fut tel, que la saga obtint une aura culte, à la limite du divin, dès la sortie en 1977 de Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir, et à aura culte, s’accompagne naturellement une exigence extrême et un regard critique exacerbé (parfois excessif, à la limite de l’infantile) de la part des passionnés de la première heure. Ainsi, la prélogie commencée en 1999 fut un véritable tollé critique et (surtout) populaire, s’attaquant jusqu’au créateur même de la saga, le réalisateur George Lucas. Malgré tout, après avoir acquis Lucas film pour plus de 4 milliards de dollars, le studio Disney décida de produire une nouvelle trilogie, rendant caduques par la même occasion les œuvres (roman, bande dessiné, jeux vidéo,…) composant l’univers étendu (comprenez par-là, les évènements se déroulant après Le Retour du Jedi). Après plusieurs refus, le réalisateur J.J Abrams (Super 8, les deux derniers Star Trek, Showrunner de L.O.S.T,…), a néanmoins accepté de prendre en main la réalisation de ce nouveau film, et de participer à un exercice terriblement périlleux : écrire sur grand écran, la suite de l’aventure galactique la plus mythique de tous les temps.

Plus de 30 ans après la bataille d’Endor, une nouvelle menace sortie des cendres de l’Empire, menace la galaxie et la République : l’impitoyable Premier Ordre. Face à cette menace, la générale Leia Organa mène alors la Résistance contre le Leader suprême Snoke, et le terrible Kylo Ren. Leur espoir réside dans le dernier des Jedi, Luke Skywalker. Cependant, Luke a disparu de la galaxie, et la seule chance de le revoir se trouve dans une carte dissimulée sur la planète Jakku. La Résistance a alors envoyé leur meilleur pilote en mission secrète, afin de la récupérer.

Le côté obscur, plus présent que jamais

Image coté obscur

Au-delà des espérances naturellement scénaristiques (que deviennent nos héros ?) portées par ce long métrage, l’autre grande attente à laquelle Le Réveil de la Force se devait de répondre, était de savoir dans quel sens la saga allait évoluer ? Après tout, Star Wars est un univers cinématographique ayant la particularité d’avoir créé un véritable mythe au sens strict, et est ainsi en perpétuelles expansion et évolution. Alors que cet aspect fut complètement évincé de la prélogie, le film de J.J Abrams apporte un changement important et moderne à la saga, en la dotant d’un aspect bien plus réaliste, notamment dans les intentions et agissements du Premier Ordre. Ainsi, la sempiternelle dichotomie entre le bien et le mal, prend ici une dimension physique, limite organique. En effet, la représentation de la mort et de la douleur physique était détournée dans la trilogie originelle, au profit d’une représentation plus symbolique ou allégorique (s’accordant parfaitement avec l’héroïsme lyrique présent dans les films) du combat entre les forces lumineuses et maléfiques, de même qu’elle était (beaucoup trop) présente de manière idéologique dans la prélogie. Dans Le Réveil de la Force, les tirs de blasters perforent les corps, les sabres lasers viennent empaler et fissurer les armures des stormtroopers, les motivations du Premier Ordre ne sont plus seulement la domination, mais aussi la création d’un idéal structuré passant par l’extermination totale et arbitraire de ce qui représente le « désordre ». Les vaisseaux explosent et s’éparpillent, les décors sont détruits et démembrés (surtout par Kylo Ren), la mort et la destruction sont vécues au plus près (en plan serré) de ceux qui la subissent, le pouvoir maléfique du côté obscur est bien plus dangereux qu’auparavant. Par cette direction artistique plus moderne (moins classique que ses prédécesseurs), Il est électrisant de découvrir que cet épisode VII apporte un souffle nouveau à la saga (ce que la prélogie n’a jamais réussi à faire), une dangerosité prenant le spectateur aux tripes.

Au croisement des générations

Image croisement génération

J.J. Abrams portait sur ses épaules l’importante responsabilité que de satisfaire en un film, les attentes passionnées de plusieurs générations de fans. Fort est de constater, que le réalisateur et le studio Disney y ont répondu de la plus belle des manières, et ce à travers les nombreux aspects artistiques de la saga. Le scénario co-écrit par Abrams, Michael Ardnt (Little Miss Sunshine, Toy Story 3,…) et Lawrence Kasdan (scénariste des épisodes V et VI) reprend l’ossature narrative d’Un Nouvel Espoir, et répond à de nombreuses questions sur l’après-guerre, tout en prenant soin de garder une grande part de secret, peut-être même un peu trop. Oublié, les scénarios alambiqués et patauds de la prélogie, ce long métrage renoue (un peu facilement) avec ce qui a fait le succès de la trilogie, un sens aigu de l’aventure, un univers merveilleux et de l’héroïsme épique que l’on pensait perdu à jamais dans les méandres de la production hollywoodienne standardisée. De même, les acteurs et actrices ont été soigneusement sélectionnés, dans la pure tradition des premiers Star Wars. Inconnus pour certains (Daisy « Rey » Ridley et John « Finn »  Boyega), légèrement renommés pour d’autres (Oscar « Poe Dameron » Isaac et Adam « Kylo Ren » Driver), cette nouvelle génération de héros nous offrent des performances captivantes et attachantes, voir même étonnantes pour un film de cette envergure. En tête, Daisy Ridley et Adam Driver font montre d’une maturité et d’un talent remarquable dans leur interprétation, parfaits échos au jeu des anciens héros, Mark Hamill et surtout Harisson Ford. La simple apparition de ces personnages, éveille en nous une mélancolie et une excitation émouvante. Facette incontournable de la saga, la musique une nouvelle fois composée par John Williams, ravit nos oreilles dès les premières notes. Bien que la bande originale soit plus discrète qu’à l’accoutumée, et qu’elle ne comporte pas de nouveaux thèmes aussi marquants que ceux de la première trilogie (bien que le thème de la résistance soit grisant), la cohabitation est parfaite entre les compositions récentes, et la réorchestration des leitmotivs emblématiques, d’une beauté à en donner la chair de poule. Cependant, Le Réveil de la Force captive surtout pour sa mise en scène époustouflante. A travers cette épopée galactique, le talent de J.J Abrams s’exprime avec une virtuosité hallucinante, le réalisateur réussissant parfaitement la réunion entre les codes d’un univers mythologique (décors, costumes, identité photographique,…) et la modernité de sa mise en scène. Les plans larges et fixes sont moins nombreux au profit d’une proximité entre la caméra et les personnages, ainsi que d’un mouvement fluide ensorcelant (les plans séquences sont nombreux). De plus, en guise d’ultime clin d’œil (et par respect envers la saga), le réalisateur reconstruit amoureusement tout au long du film, certains des plans les plus symboliques et attachants de la première trilogie, que ce soit les plans très larges des monumentaux décors désertiques, ou du cadrage rapproché de la cabine du Faucon Millénium.

Il y a bien longtemps que l’on attendait désespérément une suite aux aventures de Luke Skywalker, ainsi qu’un film épique digne de ce nom. Star Wars : Le Réveil de la Force exauce admirablement ces deux souhaits. Même si l’on peut reprocher au long métrage quelques défauts (originalité du scénario, frustration quant au manque d’informations, trop peu de temps accordé aux scènes de dialogues et d’introspections entre les personnages), J.J Abrams nous gâte en prouvant que le cinéma d’aventure n’est pas mort, et en nous donnant l’envie irrésistible de découvrir les deux prochains épisodes, car ils continueront à faire vivre ce qui est, surement, le mythe purement cinématographique le plus merveilleux qui ait jamais existé.

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