La Jetée – Chris Marker

La Jetée est l’une des œuvres les plus connues et appréciées de Chris Marker. Réalisateur de documentaires et fictions, écrivain, photographe, Chris Marker a également participé à la Nouvelle Vague française. Expérimentateur, il prend le risque d’utiliser des formats et médias innovants.

Le film, réalisé en 1962 d’une durée de 28 minutes est, en fait un diaporama de photographies. L’histoire raconte en voix off, le voyage dans le temps d’un homme dans les sous sol de Paris, dévastée lors d’une guerre mondiale.

La Jetée est un film de science fiction sur le thème du souvenir, de la mémoire morcelée, du ressenti liés à l’image. Chris Marker pose la question de l’émotion qui s’y rattache, cette image qui appartient à notre mémoire visuelle. Les photos qu’il utilise apparaissent alors, comme un album souvenir, et chaque spectateur peut se référer ainsi à son propre album. Cet objet aujourd’hui numérisé entretient notre mémoire et nous relie à notre enfance, un amour passé et une constellation d’émotions diffuses qui brouillent notre perception de la réalité. Dans La Jetée l’homme voyage dans le temps. Ce temps n’est plus seulement une entité physique ou mathématique et ne peut se soustraire à l’histoire visuelle, imprimée en chacun de nous. Ce voyage intérieur est possible, seulement si, des images sont affectées à des émotions singulières. C’est d’ailleurs en observant ses propres photos souvenirs à l’aide d’une visionneuse que Chris Marker a eu l’idée originale du film.

L’image photographiée occupe un rôle relais avec notre « moi », il en va de notre conservation. La voix off annonce vers la fin du film : « Puisque l’humanité avait survécu, elle ne pouvait pas refuser à son propre passé les moyens de sa survie ».

Les photographies dans le film sont une série d’aperçus. La voix off nous promène dans le dédale d’émotions et d’images, notre vision focalise avec distanciation. Nous assistons au spectacle d’un bout de vie. Les photos réalimentent notre capacité à aimer et à sentir. Le personnage assiste à ses sentiments, il est spectateur de ses émotions, car il se regarde voyager dans le souvenir d’une rencontre. Nous l’accompagnons dans ce voyage transférentiel et assistons avec lui à cet événement. Ce regard commun nous rapproche d’autant plus du personnage. Chris Marker revient à l’idée du partage de notre mémoire, il nous laisse la possibilité de substituer ses photos aux nôtres et, il créé un espace physique/temporel entre nous et le corps de l’image. La photographie ne veut rien dire sans expérience individuelle et conscience collective. L’image chez Chris Marker ne peut être totalement être singulière et nos collections sont comme mutualisées. Cet ensemble commun, ce liant social, psychique et émotionnel relativise le caractère dit unique d’un ressenti individuel. Marker marque la distanciation car « voir » sous entendrait que l’on accède à la vérité. Or, Il n’y a finalement que des perceptions. « On ne peut pas voir son visage, on ne peut que s’apercevoir » Jaques André.

Le réalisateur questionne, notamment à travers l’exercice du documentaire, notre identité et notre conscience collective. Il utilise le témoignage filmé, le sien, celui de la société et des autres. Il enregistre les propos et les images comme une collection d’histoires. Ses photos, vidéos, films et textes sont infinis, il a fourni un énorme travail pendant plus de cinquante années.

Près de 35 ans après sa sortie, « la jetée » inspira Terry Gillian pour « l’armée des 12 singes », preuve que l’œuvre de Chris Marker est encore capable d’inspirer nos contemporains.

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