La Normandie s’expose à Paris

Depuis dix jours s’est ouvert au musée Jacquemart-André l’exposition L’Atelier en plein air, les Impressionnistes en Normandie. C’est sous un angle nouveau que les commissaires Claire Durand-Ruel Snollaert, Jacques-Sylvain Klein et Pierre Curie, ont souhaité présenter une exposition dédiée aux Impressionnistes. Elle démontre que ce courant pictural s’étend sur une période chronologique plus importante que celle connue, avec également des influences et des échanges plus riches entre les artistes, que ce que l’on ne pourrait penser.

Aller, on va voir la mer ?

L’influence de l’école anglaise

Peut-être vous demanderez-vous pourquoi réaliser encore une exposition sur les Impressionnismes après celles dédiées à Caillebotte, ou Boudin ou encore Monet à Orsay ? Soit ! En effet, nous avons plutôt ce qu’il faut dans les collections des musées français et en règle générale, ce thème plaît beaucoup.

Cette fois-ci, le propos est différent. Les principaux spécialistes, à l’origine de ce projet et que l’on ne présente plus, ont souhaité démontré que l’école anglaise du début du XIXème siècle fut à l’origine de cette école française du paysage. Ecole qui trouve sa source en Normandie, région qui, pour plusieurs raisons comme sa proximité géographique entre Londres et Paris, ou encore la richesse de son patrimoine, de la beauté de ses paysages et de son accessibilité, fut le véritable berceau de l’émergence de l’impressionnisme. Normandie qui devient alors pendant un laps de temps important, le véritable atelier de ces artistes.

Claude Monet - Camille sur la plage de Trouville / Crédit photo Yale University Art Gallery

Claude Monet – Camille sur la plage de Trouville / Crédit photo Yale University Art Gallery

 

L’exposition, fruit d’un travail d’une trentaine d’années, se veut être la démonstration de ce lien, de ces échanges culturels et artistiques qui pouvaient exister entre Turner, Cotman, Isabey ou encore Corot.

Ainsi, le parcours présente 8 salles sur des thèmes particuliers et chers aux artistes, avec tout d’abord une présentation des liens entre les deux écoles puis, le visiteur se balade de ports en falaises normandes, sans oublier les scènes de mondanités et de loisirs.

La dernière salle vous permettra de remonter la Seine depuis Rouen jusqu’à Giverny, avec évidemment une clôture de l’exposition sur deux Monet, le Pont japonais, réalisé entre 1918 et 1924, éblouissant, saisissant même, tant par la force de l’œuvre, sa lumière que par l’importante densité de matière, puis La rue de l’Epicerie à Rouen, déjà réalisée en 1832 par Turner…la boucle est bouclée.

Berthe Morisot - Le port de Cherbourg  / Crédit photo Yale University Art Gallery

Berthe Morisot – Le port de Cherbourg  / Crédit photo Yale University Art Gallery

Propos novateur et prêts exceptionnels

Pour illustrer ce propos, le musée Jacquemart-André ainsi que les commissaires n’ont pas fait les choses à moitié. Turner, Monet, Pissaro, Degas, Renoir, Signac, Corot, Boudin ou encore Gauguin sont mis à l’honneur. Autant dire les grands maîtres de ce mouvement pictural. Là où l’illustration de cette exposition est intéressante, c’est en ce qui concerne le choix des œuvres, mais aussi la volonté de rendre leurs lettres de noblesse à des artistes oubliés et quelque peu négligés. Comme par exemple Berthe Morisot, où l’on découvre parfois qu’elle a pu influencer son maître J.B. Corot, les grands artistes, mais aussi d’autres peintres oubliés ou remis à l’honneur tels Eva Gonzales, Anquetin, ou encore Caillebotte que l’on présente généralement comme mécène et collectionneur, mais dont le public connaît mal ou peu ses peintures de Normandie.

De plus, les commissaires démontrent que certains artistes inattendus se sont intéressés, dans le cadre de leurs recherches sur la lumière, aux séries, comme Gustave Courbet avec la présentation d’une version de La falaise à Etretat, qui vous happe lorsque vous pénétrez dans la salle.

Il faut souligner aussi la qualité des prêts, puisque qu’une majeure partie des œuvres exposées proviennent de musées étrangers, notamment américains, et que certaines sont inédites en France. Des prêts provenant de collections privées viennent compléter l’exposition qui donne alors à voir, et à découvrir, un autre aspect du mouvement impressionniste. Prenez note que certaines œuvres pourraient ne plus jamais faire l’objet de prêts (on comprend pourquoi aisément : risques de dommages, coût des assurances, refus des collectionneurs, …). Donc, je ne peux que vous invitez à vous rendre à cette exposition.

Claude Monet - L’Eglise de Varengeville à contre-jour / Crédit photo The Barber Institute of Fine Arts, University of Birmingham

Claude Monet – L’Eglise de Varengeville à contre-jour / Crédit photo The Barber Institute of Fine Arts, University of Birmingham

 

Je n’en dis pas beaucoup, et ne vous en dirai pas plus, pour préserver un peu de surprise lors de votre future visite de cette exposition qui, par son propos, la nouveauté de l’angle abordé, la qualité et la rareté des œuvres prêtées, ne peut pas se louper.

Vous avez jusqu’au 25 juillet pour voir ces chefs-d’œuvre (durée importante à souligner puisque l’exposition ne sera pas itinérante), et découvrir une autre facette du mouvement, alors n’hésitez pas une seule seconde.

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