La Nuit Blanche à Paris : Drouot

Il y a un an, la première édition de la Nuit Blanche à Drouot marquait les esprits avec pour la première fois une ouverture nocturne au public parisien qui pouvait notamment voir la sublime installation d’Ange Leccia, Quand revient la nuit. Décryptons ensemble la seconde édition, qui s’est produite il y a quelques jours…

En contre-pied total avec le tumulte habituel des salles de vente, Drouot propose cette année une rencontre tout en légèreté et en volupté. Sous les néons rouges de l’établissement, des notes de musique classique accompagnent le visiteur dans sa déambulation nocturne, et inscrivent sa venue dans une semi-féerie. Pour les plus chanceux qui ont trouvé une place en face de la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya, le spectacle est de taille. L’interprétation de son album Nocturnes en live dans une des salles du premier étage est un des évènements marquant de cette soirée. Debussy, Satie, Ravel et même Decaux paradent sous la maestria de la pianiste devant une salle comble. Les murmures se font rares, l’assemblée toute entière retient son souffle devant la beauté des notes qui s’échappent du piano et l’atmosphère se pare d’une délicate intimité.

En sortant légèrement groggy de la salle, nous tombons sur l’exposition d’avant-vente Tessier-Sarrou (Masculin/Masculin II) proposant une vaste représentation de figures masculines faites par des hommes. Alfred Boucher, Igor Mitoraj et Jean Cocteau mettent le moral des hommes de l’assemblée à rude épreuve avec une collection de torses antiques, de visages taillés à la serpe, d’athlètes en plein effort et de corps avec un IMC proche de la perfection. « Ça fait plaisir de voir des beaux mecs pendant la Nuit Blanche, d’un coup l’art m’intéresse encore plus » dit une visiteuse à son amie. Impossible ne pas fredonner Macho Men en sortant.

La visite continue, nous passons d’une conférence sur les météorites animée par Matthieu Gounelle, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle à la funk qui s’échappe de chez Kapandji-Morhange. Proposer à un public hétéroclite une exposition autour des luminaires de la Galerie Chrystiane Charles sur de la musique des années 70-80 est un exploit en soit. Bon coup de pub pour eux, les gens se pressent pour admirer les créations originales de la maison française qui a su maintenir savoir-faire et prestige tout au long de son existence.

Chez Ader, le visiteur voyage entre Berlin, Madrid, Londres et les comptoirs de l’extrême orient en suivant les péripéties artistiques du marchand d’art Georges Birtschansky entreprises dans les années 90. Énorme coup de coeur pour l’oeuvre de Susan Hiller, Graffiti.

Enfin l’étude Audap & Mirabaud et son Atelier de Danièle Perré nous fait prendre du recul au premier sens du terme face à l’art, avec des grands formats gorgés de formes et de couleurs, qui sont une invitation à une réflexion onirique.

Pour cette seconde édition, Drouot a fait preuve d’un grand éclectisme, mélangeant les genres et jouant sur une certaine provocation. Avec un maillage culturel pareil nous restons pensif. Certes chaque salle avait son univers propre et limité, et du coup identifiable mais n’aurait-il pas fallu créer une certaine cohérence entre les différents univers ? Sans forcément tomber dans une critique acerbe du contenu proposé, nous pensons que cette édition n’a pas exploité au maximum ses capacités d’attractivité à la fois pour les plus avertis qui fréquentent les salles de ventes, mais aussi pour un public novice en la matière. Dans la logique d’ouverture de Drouot que nous soutenons, l’institution se doit d’être au rendez-vous de ce genre d’évènement culturel. En plus de faire partie du cercle des prestigieuses institutions qui participent (musées, galeries etc.), c’est l’occasion pour l’hôtel de ventes d’utiliser ces soirées comme vitrine attractive dans sa politique de recrutement d’une nouvelle clientèle.

Nous attendons l’édition 2016 avec impatience.

Crédits et sources photographiques : Drouot/Tessier-Sarrou.

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