La Nuit Blanche à Paris : parcours Nord-Ouest

Le tout Paris était de sortie dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 octobre pour la quatorzième édition de la Nuit Blanche. Deux parcours étaient proposés aux flâneurs pour découvrir des œuvres d’art contemporain, ainsi que des quartiers moins connus de la capitale. Retour sur le parcours Nord-Ouest.

20h. Le parc Monceau, plongé dans l’obscurité, vibre au son du chant des batraciens et du bourdonnement des insectes. L’installation sonore d’Erik Samakh, intitulée « La nuit des abeilles », s’envisage comme une immersion au cœur d’un écosystème en pleine mutation. Les visiteurs déambulent à travers le jardin et captent les sons diffusés par des hauts parleurs invisibles. Certains investissent même les pelouses, s’asseyant dans l’herbe pour mieux tendre l’oreille et s’immerger dans l’atmosphère champêtre du lieu.

20h30. Direction le cinéma en plein air de la Place Lévis, dans le 17ème arrondissement. Plusieurs courts-métrages sont diffusés sur un grand écran installé sur la place. Des chaises d’extérieur colorées, en nombre limité, invitent les spectateurs à s’y installer le temps de quelques minutes. Parmi les films projetés, la séquence étrange d’un marcheur filmant ses pieds dans les différents lieux qu’il visite. Il emmène ainsi le spectateur dans une série d’endroits divers, qu’ils soient urbanisés ou laissés à l’état de nature, comme s’il souhaitait faire un bilan de l’état du monde.

21h30. Après près d’une demi-heure d’attente en raison de l’affluence, le parc Martin Luther-King offre aux plus peureux une peur bleue. Au dernier étage du belvédère de l’éco-parc, une araignée d’une taille impressionnante tente de s’échapper de sa prison. L’installation « Spider Projection V.2 » de Friedrich van Schoor et Tarek Mawad interroge les visiteurs sur les conséquences de la manipulation du vivant. Et ça marche. Imaginer, rien qu’un seul instant, vivre dans un monde où les araignées feraient plusieurs mètres de haut, cela fait réfléchir.

22h15. L’énorme araignée est en partie occultée par l’immense vague qui semble planer au-dessus du parc. Des lasers bleutés forment une nappe brumeuse qui ondule au-dessus des têtes. Les reflets irisés des faisceaux qui se croisent et qui se réverbèrent sur le petit lac et le feuillage des arbres alentours valent vraiment le détour. C’est l’installation « Waterlicht » de Daan Roosegaarde. Les visiteurs errent au-dessous de cette nappe d’eau mouvante, en proie à la fascination. La question de l’impact de la montée des eaux est ici évidente. L’effet est surréaliste.

23h. Ensuite c’est l’aventure : une vingtaine de minutes de marche sur les voies ferrées de la Petite Ceinture. En avant pour une joyeuse marche sur les rails normalement dévolus au passage des trains. Dans la semi-obscurité, il faut faire attention où on pose ses pieds. Après bien des bousculades et des rires, d’effrayants bruits de sirènes accueillent les marcheurs. L’installation « Parsec » de Joris Strijbos et Daan Johan se présente comme une grande matrice mouvante sur laquelle sont placées des tiges lumineuses qui bougent en tout sens. Parfois lentes, parfois rapides, elles forment un ballet lumineux envoûtant rendu effrayant par les bruits qu’elles produisent.

23h30. Fin du parcours avec une note de poésie. À plus de dix mètres au-dessus du sol et de l’ancien chemin de fer de la Petite Ceinture, un large nuage fait de polystyrène flotte au-dessus du vide. Deux gymnastes s’amusent à sauter dessus pour en faire tomber de la neige. Il cache en effet un trampoline qui leur permet de réaliser leurs acrobaties. Cette installation, simplement nommée « Nuage », a été imaginée par Stéphane Ricordel tout spécialement pour cette édition de Nuit Blanche. A travers cette œuvre, l’artiste a souhaité mettre en avant les phénomènes climatiques, qui sont les seuls évènements naturels sur lesquels l’homme ne dispose pas (encore) d’une maîtrise totale.

Bilan de cette soirée. Une Nuit Blanche réussie avec un parcours Nord-Ouest riche qui permettait de découvrir des œuvres d’artistes contemporains sur le thème du réchauffement climatique, tout en s’aventurant dans des arrondissements de Paris moins connus et moins usités. Les œuvres, bien qu’espacées, s’intégraient bien à l’environnement urbain. Pour la plupart, leur signification était comprise du public. Le plan du parcours distribué à l’entrée du parc Monceau n’a toutefois pas été d’une grande utilité en raison de son manque de précision. Le plus souvent, les flâneurs erraient à la recherche du prochain point de rencontre en suivant la foule qui, heureusement, marchait dans la bonne direction.

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