La peinture est encore bien vivante avec Clément Denis

La tendance artistique actuelle se penche vers l’objet quotidien dénaturé et converti en art. En effet, depuis la transformation qui s’est opérée avec les ready-mades de Duchamp, le monde de l’art s’est débarrassé de l’idée du tableau comme seul mode possible de représentation plastique. Tout au long du XXème, et encore dans ce début de siècle, les artistes ont multiplié les supports, techniques et matériaux employés pour leur démarche artistique, la peinture est devenue, désormais, une pratique parmi d’autres, et d’une certaine manière sa popularité a décru considérablement. Si l’on jette un coup d’œil rapide aux œuvres de grands artistes comme Damien Hirst, Ai Wei Wei ou Donald Judd, artistes qui brillent dans les foires d’art moderne du monde entier, on constate que le dessin n’a plus l’éclat et l’hégémonie d’antan.

Pour cette raison il est toujours intéressant de suivre un jeune artiste qui décide de se tourner vers la peinture, car cela représente d’aller à l’encontre des goûts du marché et du public, faire de la peinture est presque un acte « avant-gardiste » de nos jours. Le jeune artiste Clément Denis, élève de l’école de Beaux Arts de Paris, a fait le pari de suivre les pas de peintres tels que Matisse, Gauguin ou Braque, et d’utiliser l’huile sur toile comme l’ont fait ses ancêtres spirituels. Cependant, les sujets abordés sont actuels, Clément Denis n’est pas un romantique ou un puriste de la peinture de chevalet à « l’ancienne », mais il pense que cette pratique a encore quelque chose de neuf à nous offrir. Il essaie de rendre un souffle nouveau à l’huile, et de démontrer ainsi que la peinture est encore bien vivante. La couleur inonde ses toiles, que ce soit un portrait ou un paysage elle est toujours présente, héritage des fauves et de Gauguin que Clément Denis s’est approprié et a fait sien. Les miroitements et les contrastes des dégradés façonnent les corps des personnages, ou les contours des formes pour ses paysages, ici la touche de l’artiste est mise en évidence, on sent qu’un être humain s’est approprié les couleurs pour transmettre ses ressentis. Sa peinture est une expérience intime dans laquelle il dévoile son point de vue et ses sentiments les plus profonds, ce qui provoque une sympathie instantanée envers lui. Les mouvements de l’artiste, que l’on voit à travers l’empreinte de ses pinceaux, sont pleins de lyrisme. Devant les toiles de Clément Denis la couleur danse et devient vivante créant plus qu’une œuvre plastique, plus qu’une simple toile, mais un organisme vibrant et vivant.

Donner une deuxième chance à la peinture, lui accorder une autonomie comme l’a proposé le théoricien américain Clement Greenberg : voilà un dessein partagé par les deux Clement. Tous deux essaient de montrer que la peinture est un système organique capable d’avoir une vie propre, même si Greenberg voyait cette émancipation dans l’art abstrait, et non dans l’art figuratif. Dans ce sens, Clément Denis a surpassé les théories de l’américain puisqu’il libère la peinture tout en restant sur la figuration.

Crédits photo : Clément Denis

Crédits vidéo : Assia Zhiri & Raphaël Zanetto

Les commentaires sont fermés.