La peinture, même

Depuis le 24 septembre dernier, le centre George Pompidou propose une exposition sur un des artistes les plus controversés (rien que ça) du XXe siècle: Marcel Duchamp, avec en titre « La peinture, même ».
Oui, l’intitulé de l’exposition est important. En effet, on a généralement tendance à résumer l’oeuvre de Duchamp par ses ready-made, ces objets déjà faits, choisis par l’artiste et transformés à minima pour représenter une oeuvre d’art, qui au final devient « conceptuelle ».

Le Centre George Pompidou réussi à montrer l’autre facette du Français: avant d’avoir été ce provocateur qui a tué la nature même de la peinture et profondément remis en cause l’art, Duchamp a d’abord été un peintre, et c’est grâce à cette exposition que l’on peut constater que dès le début de sa carrière il y avait déjà cette complexité et cohérence dans son oeuvre. Le mot « même », fait quant à lui référence à sa plus grande pièce, « La mariée mise à nues par ses célibataires, même ».
L’exposition est un parcours dont la ligne d’arrivée est « le grand verre », son chef d’oeuvre.

Tout commence avec une première salle, « la salle érotique », qui prend en compte ses premiers nus ou encore des caricatures où l’on constate l’importance et l’influence qu’a eu son frère ainé sur son rapport entre l’image et l’écriture.

La seconde salle, « des nus », que l’on pourrait également surnommer « les origines » retrace la période où Duchamp n’avait que 18 ans. Le spectateur constatera alors le ton donné au fauvisme: c’est à cette période qu’explose le fameux scandale de « la cage aux fauves ». Cette remise en question des couleurs de Derain et Matisse vont être essentielles pour Marcel Duchamp, qui va chercher de plus en plus à déconstruire ses oeuvres.
Une autre partie fait référence à Edouard Manet qu’il considère comme un « grand » peintre faisant ainsi partie de ses (trop) nombreuses sources d’inspiration.

En 1911, Duchamp rejoint le groupe cubiste, dont les membres auront beaucoup d’échanges et de débats intellectuels, sous l’impulsion de ses frères (entre deux parties d’échecs, jeu qui sera d’ailleurs représenté sur toile). On arrive au moment le plus intéressant de l’exposition car Duchamp avait trouvé quelque chose dans sa réflexion intellectuelle.
C’est donc à cette période que celui-ci va peindre son premier chef d’oeuvre « nu descendant de l’escalier ». Cette oeuvre mérite l’attention car elle représente, d’un certain coté, sa démarche de la peinture non rétinienne où l’auteur va chercher à déconstruire un maximum. On observe un nu déshumanisé avec la représentation d’un mouvement du corps humain déconstruit.
Dommage, une salle et demi plus tard, on retrouve un copier-coller de cette peinture.

Les oeuvres défilent et un constat amère apparait: Duchamp est un artiste, mais, malheureusement, à force de vouloir toucher à tout les mouvements, de trop s’en inspirer, il ne fera que des oeuvres en dessous de la moyenne. Ce qui est assez frustrant, au final, c’est de préférer la qualité des oeuvres qui l’ont inspiré.
Autre bémol: les quelques ready-made qui étaient exposés, comme le porte bouteille ou la roue de bicyclette, n’ont absolument pas été mis en valeur puisque le spectateur pouvait très facilement passer à coté. Autre problématique: le ready-made est le concept le plus important que Duchamp ait pu apporter, et pourtant, personne ne s’attardait sur ces oeuvres …

Finalement à la dernière salle. On arrive devant sa plus grand oeuvre « le grand verre » intitulé également « La mariée mise à nues par ses célibataires, même ».
Elle est composée de deux panneaux disposés à la verticale, censé représenter une élévation « spirituelle, érotique, géométrique, physique et physiologique ». Elle est le résumé de toute la carrière de Duchamp.
L’oeuvre est extrêmement difficile à analyser, d’ailleurs les spectateurs dans la salle étaient peu réceptifs… On a une partie avec des tubes circulaires qui est la représentation de la montée du désir des célibataires. Elle est associée à la broyeuse de chocolat située sur la partie supérieure droite, symbole indirect de la masturbation. Tout en haut se trouve la mariée. Ces deux thématiques étant séparée par le centre de l’oeuvre qualifié par Duchamp « d’un horizon et du vêtement défait de la mariée. »
Ce projet, trop complexe, et inachevé, est une sorte de représentation pluridimensionnelle et géométrique d’une oeuvre non rétinienne, un art qui n’est plus esthétique mais basé sur l’éthique.

Alors Duchamp est-il un artiste de génie, quasi visionnaire ? Picasso dira à propos du Français « Qu’il avait tort ».
Sa démarche artistique, même si elle est révolutionnaire, ne touche pas forcément et n’interpelle pas tant que cela. Il faudra reconnaitre néanmoins qu’il a ouvert la boite de pandore en remodelant le concept même d’art…

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