La première foire d’Art contemporain et de Design africains à Paris annulée

Les organisateurs y ont cru jusqu’au bout, pourtant à la suite des évènements survenus le 13 novembre dernier, la foire AKAA (Also Known As Africa) qui devait se tenir au Carreau du Temple, à Paris, a été reportée à 2016.

 

L’AKAA, le pari osé de Victoria Mann

Avec un parcours entre deux continents (Europe et États-Unis), Victoria Mann possède cette double casquette si utile sur le marché de l’art : celle d’une experte des musées (ethnographie à Neuchâtel, peintures au Quai Branly et médiation au MoMA), mais aussi celle d’une fine analyste sur l’aspect mercantile de l’art (Pace Gallery à Londres).

Toutes ces qualités, elle avait décidé de les développer autour d’un même projet, celui de réunir à Paris une foire internationale d’art contemporain et de design africains. Pourquoi-pas simplement ouvrir une galerie ? Il est vrai que cela aurait été plus simple, et aussi beaucoup plus compliqué. L’art contemporain et le design africains sur la place parisienne sont vigoureusement encadrés par des pontes du marché de l’art : comme Sotheby’s avec l’oeil averti de Marguerite de Sabran (directrice du département Art d’Afrique et d’Océanie chez Sotheby’s), la Galerie Imane Fares (art contemporain) ou la Galerie Lucas Ratton (art primitif) dans le VIème, pour ne citer que les plus connus. L’art africain, au sens premier du terme, ne connait pas un marché très développé. En ce qui concerne l’art contemporain et le design africains, c’est encore plus verrouillé. Pourtant d’un point de vue historique, Paris a toujours été l’un des endroits privilégiés dans les transactions d’art contemporain et de design africains ; mais hélas s’exportant encore difficilement. Quand on sait que sur les 25 galeries qui devaient être présentes lors de la manifestation, le quart seulement vient d’Afrique, cela en dit long sur la représentation du marché africain.. Victoria Mann, avec cet événement devait réunir les artistes contemporains et non pas « classiques », et ceux du design africains à Paris. Cette foire se devait d’incarner un débat d’ouverture autour de la question suivante : « Qu’est-ce qu’un artiste africain aujourd’hui » ? La foire aurait soulevé des problématiques importantes comme la place de l’Afrique au sein du marché de l’art ou encore celle de l’artiste africain sur la scène contemporaine mondiale. L’événement avait pour essence même de rassembler le plus largement possible l’« African touch » de l’art contemporain et du design : par des galeries, des artistes du continent africain et d’ailleurs, par les ethnies et les diasporas, de ce qu’ils ont vécu là-bas, et ce que cette région leur inspire.

Sur ce secteur qui a toujours besoin d’une « validation occidentale » pour s’exporter, la présence concurrentielle de la foire 1:54, à Londres en octobre dernier, devait servir de fortifiant pour la première foire AKAA à Paris. Mais après les attentats de Paris et de Bamako à une semaine d’intervalle, le calendrier des organisateurs de la foire, qui devait initialement se dérouler début décembre à Paris, a changé. De nombreux galeristes avaient annulé leur participation s’ajoutant à la hausse des coûts liés à la sécurité en raison des événements : c’était beaucoup trop pour la jeune société.

 

Culture : 0 – Terrorisme : 1

Juste après les attaques de Paris, Victoria Mann confie au Monde sa volonté d’y croire encore : « Sur le plan symbolique, la foire ne pouvait pas être annulée » avait-elle déclarée au journal français. « L’AKAA est encore plus important aujourd’hui qu’avant le 13 novembre parce qu’il accueille la diversité et la liberté d’expression. Bien sûr il y aura des gens qui ne viendront pas, qui voudront faire profil bas. Mais ceux qui nous visiteront le feront avec d’autant plus de conviction ».

Azu Nwagbogu, fondateur du Lagos Photo Festival et membre du comité de sélection de la foire, allait encore plus loin avec cette formule : « (…) Nous ne pouvons pas nous soumettre à un couvre-feu culturel ». 

Certains artistes avaient même étudié la possibilité d’organiser des débats en réponse aux attentats. Ce fut le cas de Bruce Clarke, un artiste sud-africain, qui insistait sur la nécessité de prendre position contre cette forme de barbarie. Mais le 20 novembre, ce fut au tour de Bamako d’être frappée de plein fouet par les djihadistes. Le même jour, 3 des 25 exposants envoyaient un courriel au comité de l’AKAA pour annuler leur venue. Lundi 23 novembre, Victoria Mann annonçait publiquement l’annulation de la foire et son report à une date ultérieure : « Il y a une morosité ambiante et, dans une période comme celle-là les collectionneurs n’ont pas la tête à acheter. Si on avait persisté, je redoutais un désastre économique qui aurait compromis l’avenir du salon ». 

Tout n’est pas perdu cependant. Les exposants, les partenaires et le comité de l’AKAA espèrent que la situation va s’apaiser, et que cette pause forcée ne contrariera pas la tenue de cette foire à une date ultérieure.

(Les membres de l’EI vont se faire marabouter c’est sûr).

 

Crédits et sources photographiques : AKKA/Diptyk/Le Monde.

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