La première rétrospective d’Hokusai en France

Hokusai est sans aucun doute l’artiste Japonais le plus emblématique de l’Extrême-Orient : qui n’a pas déjà vu au moins une fois « La grande vague de Kanagawa » ?

L’artiste a le mérite d’avoir, sans doute, été le seul à continuer d’innover jusqu’à la fin de sa vie, ne cessant de se réinventer lui-même : il était l’un des rares a avoir fait ce qui lui plaisait, et ce, dès le moment où il quitta l’atelier de Kastukawa.
Ce qui est intéressant chez lui, c’est le style de dessin qu’il a pratiqué, où beaucoup de ses oeuvres révèlent sa fascination constante pour des motifs qui vont réapparaitre sous différentes formes, jusqu’à la fin de sa carrière.

Il est un boulimique du dessin, mais il s’essaie d’abord aux portraits en tous genres, comme par exemple les acteurs de Kabuki.
Il y a également les scènes de la vie quotidienne, les illustrations de récits ou encore les mythes populaires.
Hokusai s’est en fait lancé bien après, dans les estampes japonaises, appelées ukiyo-e. Devenu un artiste majeur, il a participé à la diffusion de l’art japonais à travers le monde, en étant redécouvert à la fin du XIXe siècle, notamment en France, avec entre autres Félix Bracquemond, ou Edmond de Goncourt. Cette période appelée le « Japonisme » devint une source d’inspiration sans précédent pour les impressionnistes, puis pour les acteurs de l’Art Nouveau.

Ce rayonnement international, et sa forte productivité, permettent en toute logique au Grand Palais de rendre hommage à un artiste intemporel, qui a marqué les deux dernières décennies du XVIIIe siècle, et une bonne partie du XIXe.
On nous retrace ainsi l’itinéraire de l’artiste à travers les différentes périodes, très différentes, qu’il a connues sous ses noms de Shunro, Sori, Hokusai, Taito, Litsu et Manji.

Afin que vous puissiez découvrir par vous-même les nombreuses œuvres d’Hokusai, je ne vous dévoilerais que le début et la fin de l’exposition.

La période Shunro

C’est sous ce nom, qu’il commence sa carrière de dessinateur d’estampes et d’illustrateurs de romans populaires. On lui a attribué environ 82 estampes d’acteurs du théâtre Kabuki, quelques estampes de lutteurs de sumo, ainsi que des illustrations pour plus d’une trentaine de romans populaires, qui avaient une place importante dans la littérature de son temps.
Les œuvres sont toutes impressionnantes, dont par exemple « Feux d’artifices dans la fraicheur du soir au pont de Ryogoku à Edo ». Malgré le fait que les estampes d’acteurs publiées anonymement, ou par des éditeurs secondaires, soient de mauvaise qualité, certains vont repérer son talent (avec notamment Yohachi).

La Grande Vague de Kanagawa

Si vous ratez cette œuvre emblématique d’Hokusai, on ne pourra que vous blâmer, car c’est un peu comme si vous ratiez la Joconde au Louvre …
Même si la référence est à éviter, on sait pourquoi la marque Quicksilver l’a utilisée comme base pour la constitution de son logo.
Néanmoins, on comprend facilement pourquoi cette estampe est, et restera un pur chef d’œuvre :
La vague et le vide qui l’entoure composent en réalité deux formes symétriques qui s’emboîtent, les couleurs opposées sont en fait le reflet du Yin et du Yang.
Une autre chose, que nous occidentaux, oublions rapidement, c’est le sens de lecture. En effet, ici il faut regarder l’image de droite à gauche : les bateaux des pêcheurs ne sont pas mis en déroute par la vague, bien au contraire, puisqu’ils partent à son assaut.

L’inventeur du manga

L’exposition nous montre qu’Hokusai a consacré une grande partie de sa vie à la composition de croquis en 15 volumes, qu’il baptise Manga, signifiant littéralement « esquisse spontanée ». Le Grand Palais précise qu’ils furent conçus comme des manuels à l’usage des jeunes artistes, afin de constituer une sorte d’encyclopédie du vivant et de la vie quotidienne au Japon.

Même si il y a une légère incompréhension dans la forme de l’exposition, puisque la première salle commence avec l’influence qu’a eue Hokusai sur les peintres Français, alors que cela aurait dû figurer tout à la fin, la rétrospective de l’artiste reste incroyable.
Un autre (petit, riquiqui, minusCULTE) bémol (j’aime la musique, vous me pardonnerez) : l’absence des œuvres érotiques d’Hokusai, sans doute pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes. (Ne me traitez pas de pervers).

Il conviendrait de féliciter la qualité des expositions du Grand Palais : on a d’un côté, une Niki de Saint Phalle incroyable, utilisant sa haine et sa douleur pour créer et composer. Et de l’autre, un Hokusai spectaculaire qui ne cesse de briller par son talent de dessinateur.

Si vous n’avez pas d’idée de cadeau / ou de sortie à faire, alors n’hésitez plus : courrez tête baissée, sans vous arrêter, au Grand Palais, vous avez sans doute les deux meilleures expositions du moment, et cela se termine le 18 Janvier 2015.

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