La princesse et la ministre : l’Affaire Beauvau-Craon

Welcome dans le monde feutré et protégé des ventes aux enchères, qui normalement ne fait que, rarement, la une des journaux, et qui ne passionne qu’un microcosme d’experts à travers le pays. Cette semaine nous allons tenter de comprendre une affaire complexe, qui oppose l’Etat français et la princesse de Beauvau-Craon.

L’histoire commence en mai 2015, lorsque la princesse décide de vendre une partie de son patrimoine familial aux enchères, afin de récolter des fonds pour la restauration de son château de Haroué en Lorraine. C’est vers Drouot, la maison de vente aux enchères parisienne, qu’elle va alors se tourner et proposer près de quarante-cinq lots à la vente, par l’intermédiaire de l’étude Le Fur. Lundi 15 juin coup de théâtre au domicile de la princesse, on l’informe que certains objets qui devaient être présentés en Salle de vente le jour même, ont été classés « Monuments Historiques » par le ministère de la Culture. A l’autre bout du fil, Michel Loyer-Hascoet, himself, sous-directeur des Monuments Historiques français, ne rigole pas du tout. La princesse non plus en fait, car elle a en sa possession tous les laissez-passer nécessaires à la libre circulation de ses biens, délivrés par qui ? Le ministère de la Culture et de la Communication, dont dépend le service des Monuments Historiques. L’incarnation de la logique bureaucratique. La princesse ne compte pas se laisser faire et crie au scandale, agitant l’argument du « patriotisme » qui l’aurait poussé à exécuter la vente en France, plutôt qu’en Angleterre où elle réside depuis une trentaine d’années, et où Sotheby’s et Christie’s n’auraient eu aucun mal à procéder à la vente sans aucune difficulté.

Fleur Pellerin, l’actuelle ministre de la Culture s’en mêle, et prépare une notification à l’encontre de la princesse, pour lui rappeler ses droits et ses devoirs à propos des biens culturels et du patrimoine historique, avec une loi de 1913 sur la non-sortie de ses biens hors de France. Du côté de la princesse de Beauvau-Craon la défense s’organise, et ses soutiens se font entendre. D’un côté l’aspect utile, voir vital, de la vente pour la sauvegarde du château d’Haroué, et de l’autre les expositions et les visites que la princesse organise toute l’année pour le grand public (avec notamment le festival Opéra en plein air qui s’y déroule les 28 et 29 août). Résumons rapidement la situation : sans vente, pas de restauration ; pas de restauration, pas de visites ; pas de visites, pas d’argent ; pas d’argent plus de château ; plus de château…plus de château. Notons que l’estimation du cabinet d’expertise Turquin et de l’étude Le Fur se chiffrait à 2,5 millions d’euros, de quoi payer les restaurations, le personnel et même ouvrir une buvette stylée. Sans cette somme confortable, Minnie de Beauvau-Craon va très vite se retrouver à court d’argent. Depuis 2007, l’Etat français enchaîne les remontrances contre Miss Minnie : « pourquoi votre toiture se casse la figure, et pourquoi les travaux n’avancent pas ? » Because le Conseil régional a décidé de ne plus donner de subventions pour le château d’Haroué, motif ? Aucun. Pourquoi dans ce cas empêcher la vente ? Dans l’immédiat, la défense de Minnie de Beauvau-Craon est sur le pont, et la décision finale risque d’arriver dans quelques jours, avec nous l’espérons des éclaircissements sur cette affaire.

La lutte s’annonce acharnée entre la Ministre de la Culture et la princesse de Beauvau-Craon. Encore une fois, nous avons là un superbe exemple de la logique culturelle française, qui brille par son intelligence et qui rend jaloux les pays-anglo-saxons.

Sources et crédits photographiques : Le Figaro/Drouot/Le Monde/La Tribune de l’Art/L’Est Républicain.

Les commentaires sont fermés.