La Prochaine Fois Je Viserai le Coeur

La Prochaine Fois je viserai le coeur” est une libre adaptation d’un fait divers français des années 70.

Un tueur, Frank, sévit dans l’Oise, et tire sur des jeunes filles, principalement auto-stoppeuses, sans presque jamais réussir à les tuer. C’est par des lettres qu’il envoie ensuite aux gendarmes, qu’il menace de viser le coeur la prochaine fois. Une phrase au début du film nous prévient : ceci est un des faits divers, si ce n’est le fait divers le plus étrange, qui soit arrivé ces dernières décennies. Effectivement, cette histoire d’un gendarme bien sous tous rapports, aimé de sa hiérarchie, vivant une double vie de tueur plus fou que furieux, n’est pas banale.

Cédric Anger, ancien critique des Cahiers du Cinéma qui perpétue ainsi une tradition française de critiques devenus cinéastes, nous démontre avec intelligence que le genre si souvent déprécié de “pur cinéma français”, peut aussi devenir un compliment.

Le film est angoissant, il met mal à l’aise, prend souvent aux tripes. Cependant le réalisateur réussit, avec une grande intelligence du cadre, de la direction d’acteur et du montage, à dépasser l’écueil du film de genre grâce à une beauté et une esthétique qui, bien qu’attendues, – les tons sont froids, tirent vers le gris et le glauque-, en renforcent considérablement l’impact psychologique sur le spectateur. Certains plans de rase campagne sont magnifiques, avec une lumière douce, opaque. Ils donnent encore plus de force au film.

L’histoire nous est racontée sans tentative de compréhension ou d’explication du personnage principal, comme un état des lieux de ses actes, de façon extrêmement pudique. La folie réelle du personnage n’est jamais qu’effleurée et sont principalement représentés des aspects de son caractère, qui pourraient aussi ne pas indiquer clairement la folie clinique: une tendance à l’auto-flagellation (au sens littéral du terme), au contrôle de soi, à la solitude et même sa violence physique ou morale envers ses victimes. Comme celle envers cette femme, Sophie, qui tombe folle amoureuse de lui. Ce sont des signes certes inquiétants, mais qui ne révèlent pas de façon évidente sa schizophrénie. Quelques plans de visions obsédantes de vers de terre sont les seuls qui nous donnent un indicateur réel de sa folie et ces plans n’interviennent ni de façon intrusive ni abusive dans le film.

Enfin, Guillaume Canet nous livre de nouveau une excellente et fine interprétation (après celle dans L’Homme qu’on aimait trop, cf. critique) de la dualité de ce personnage, gendarme cherchant à attraper et à punir son double; tueur froid, méticuleux, ne voulant pas être confondu, et mettant à profit sa connaissance de l’armée, de la gendarmerie et du système policier pour ne pas se faire prendre.

Cédric Anger nous fait une promesse avec le titre. S’il nous dit que cette fois n’était pas encore celle où il visait le coeur (du spectateur), on ne peut qu’attendre avec hâte de voir son prochain film.

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