La prostitution s’expose au musée d’Orsay

Henri Gervex, Rolla (1878) © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Henri Gervex, Rolla (1878)
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

L’intimité féminine est depuis toujours un sujet de fascination pour les artistes. En consacrant une exposition aux dessous de la prostitution, le musée d’Orsay (s’)interroge sur l’image de la femme et sa place dans la société.

Visages lourdement fardés, poses aguicheuses, parures somptueuses,… La Parisienne du XIXème siècle sait se faire remarquer par sa beauté, ou tout du moins grâce aux artifices qui la mettent en valeur. Elle utilise ses charmes pour vendre son corps, de manière occasionnelle ou plus régulière. Considérée comme un « mal nécessaire », la prostitution ne constitue pas un délit à cette époque. Et les peintres ne se privent pas de peindre cette sexualité publique pleine d’érotisme qui en fait fantasmer plus d’un. C’est tout l’objet de l’exposition « Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910 ». A voir jusqu’au 17 janvier 2016

Les multiples visages de la prostitution

Maisons closes, cabarets, cafés concerts, brasseries à femmes,… La prostitution revêt de nombreuses formes, et il n’est pas toujours facile de distinguer les femmes honnêtes des femmes vénales. Cette ambiguïté entretient le trouble et le désir de la gente masculine. Certaines exercent la prostitution pour arrondir leur fin de mois. D’autres en font un mode de vie à part entière. Les plus courues d’entre elles réussissent même à gagner un titre de noblesse, et à gravir les échelons des différentes strates sociales. Ces courtisanes sont entretenues par des gentilshommes qui en tirent du pouvoir et de la considération. 

Henri Gervex, Madame Valtesse de la Bigne (1879)  © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Henri Gervex, Madame Valtesse de la Bigne (1879) 
© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Elles se postent sous les réverbères à la nuit tombée. Elles investissent les terrasses des cafés quand vient « l’heure de l’absinthe ». On les reconnaît par leur solitude et leur air d’attente. A l’époque, une honnête femme ne fréquente jamais les lieux publics sans être accompagnée. Dans son livre La Française du siècle. Modes. Mœurs, usages (1886), Octave Uzanne les décrit : « Attablées, dès l’heure de l’absinthe, sur le devant des cafés, provocantes, le visage plâtré, la lèvre rougie, humant la cigarette, elles montraient, le genou levé sur un petit banc, leur bottine à talon haut… ». C’est tout un art de la suggestion et de l’attisement du désir qui se met en place pour aguicher le client.

Edgar Degas, Femmes à la terrasse d’un café le soir (1877) © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Edgar Degas, Femmes à la terrasse d’un café le soir (1877)
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Un monde féminin vu par les hommes

La prostitution demeure néanmoins un sujet éminemment masculin. Aucune signature féminine ne vient donner un contrepoint à cet univers artistique masculin. Ce sont des femmes peintes par des hommes : Degas, Manet, Vallotton, Toulouse Lautrec,… Qu’une artiste femme puisse réaliser une œuvre d’art ayant pour sujet la prostitution semble invraisemblable à l’époque. Objet de fantasme et de volupté, la prostituée demeure un thème uniquement traité par les artistes masculins. Ces derniers ont peu de scrupules à faire preuve d’indiscrétion pour assouvir leur curiosité, et pour mieux saisir les moments d’intimité des prostituées parisiennes.

Henri de Toulouse Lautrec, Femme tirant son bas (1894)  © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Henri de Toulouse Lautrec, Femme tirant son bas (1894) 
© RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Cette exposition, si elle apporte un éclairage nouveau sur les dessous de la vie sexuelle de l’époque, est surtout le juste portrait de la condition féminine d’alors. L’homme y devient un voyeur, un possesseur de l’image féminine qu’il est le seul à pouvoir représenter. Les femmes des rues deviennent un sujet de choix, leur sexualité une opportunité à exploiter. Même dans cette activité librement consentie, elles demeurent à la merci des hommes qui exercent sur elles leur domination. Paris, capitale des plaisirs, est bien le sujet de prédilection des artistes masculins du XIXème siècle qui, par le biais de leurs œuvres, assouvissent leurs fantasmes autant que leur soif de pouvoir.

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