L’Académie Maurice Ravel, sur un plateau de vieilles pierres

Nous avons pu assister le lundi 8 décembre à l’envolée de Maurice Ravel, de Claude Debussy et de leurs acolytes sur la scène des Bouffes du Nord, le long du boulevard de la Chapelle à Paris. L’Académie Maurice Ravel est effectivement venue présenter, du Pays Basque, le travail de ses petits protégés, en donnant au milieu d’une acoustique polie à ravir et propre aux Bouffes du Nord, une représentation tout en bonheur et en simplicité.

C’est entre de magnifiques arcades romanes toutes de rouge encore vêtues, que vous attend au pied des gradins une salle d’époque, non restaurée, portant encore sur ses murs les traces d’une centaine d’années de passion décharnée. C’est dans une enceinte parfaitement ronde, portée sur la hauteur, que le public est invité à s’asseoir sur les strapontins d’un autre temps, tout de bois et de fer forgé, nous ramenant dans le vieux Paris des années 1900. Le plancher y craque comme dans une vieille demeure, et résonne au coeur de la vieille scène claire et dénudée au gré des vagues, et du temps des mouvements de ses spectateurs attentifs. Ce sont du vieux bois et de la vieille pierre qui encadrent la balustre de stuc ancien et défraîchi, créant un charme propre aux siècles ayant porté ces murs.

C’est ainsi au milieu de ce décor vieilli, épuré et dans une acoustique digne des plus grandes salles que s’est représentée lundi dernier l’Académie Maurice Ravel. L’entrée, Sonate pour violoncelle et piano de Debussy, est magistrale, toute en rythme et en lumière : vive, clinquante et colorée sur un violoncelle fulgurant de charme et de finesse, porté avec brio par Lidy Blijdorp, qui mène son pianiste d’une main de maître. Suit ensuite Ravel, pour un Trio en la mineur (violon, violoncelle, piano), naviguant entre mélancolie et tristesse, entre beauté et finesse de l’interprétation. C’est une harmonie parfaite entre cordes et piano qui se dégage de l’équilibre du rythme, vécu et partagé de concert par les 3 concertistes, et guidée sur le fil par le jeune violoncelliste Jérémy Genet.

Puis, vient le violon tantôt sage et tantôt discordant du Poème de Neuburger, éternellement rattrapé par un piano doux, percutant et sans concession, créant par ce duo un dialogue troublant et entraînant, en recherche perpétuelle d’une idéalisation du beau et du bien. C’est après cet interlude expérimental qu’arrive le clou du spectacle, avec le Quatuor pour piano et cordes de Fauré, qui ne laisse aucun répit au spectateur, par la richesse élaborée, dense et discontinue de son interprétation. C’est une fraîcheur enivrante qui inspire le jeu entre le piano et ses cordes, menées par leur alto triste et consacré de Miguel da Silva ou par le violoncelle entêtant et dévoué de Henri Demarquette.
C’est donc entre vieilles briques et pierre de taille que la beauté technique de l’interprétation a répondu, ce soir-là, à la folie créative des auteurs, entourée d’une acoustique parfaite et d’une salle aux ordres et à l’écoute …

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